Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/70

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même, a toutes ses ruches à sa portée, & il peut en tout tems les visiter : à quelle heure que ce soit qu’on y entre, on a peu à redouter l’aiguillon des abeilles, qui ne sont pas toujours d’humeur à laisser remarquer ce qui se passe parmi elles ; l’obscurité qui y règne permet à peine aux abeilles de voir les personnes qui vont pour les observer, qui n’ont d’ailleurs jamais à craindre ni la trop grande ardeur du soleil ni la pluie : on y taille plus aisément les ruches qu’en plein air, où l’on est continuellement exposé aux piquûres des abeilles, qui ont coutume de se jeter avec fureur sur ceux qui enlèvent leurs provisions ; elles sont peu troublées par cette opération, & à peine s’apperçoivent-elles du vol qu’on leur fait, parce que se trouvant dans l’obscurité au moment où il s’exécute, elles sortent pour aller au grand jour, & n’incommodent point celui qui leur prend une partie de leurs richesses.

On pourroit considérer un rucher comme un logement d’ostentation qu’on accorde aux abeilles, plus propre à satisfaire la vanité de celui qui le fait construire, qu’à être utile à celles qui l’habitent, si on ne connoissoit pas tous les avantages qui en résultent pour la prospérité des abeilles : par ce moyen elles ne sont point exposées à tous les désastres qu’elles éprouvent quand leur habitation n’est pas à couvert.

1º. Les ruches ne sont point dans le cas d’être renversées par les coups de vents, quelquefois très-violens vers la fin de l’automne. Ces vents impétueux causent un très-grand dérangement parmi les abeilles ; elles sont écrasées en partie par les gâteaux qui se détachent & se brisent lorsque la ruche est renversée.

2º. Elles sont à l’abri de la pluie, de la neige, & enfin de toute sorte de mauvais tems. On a beau couvrir les ruches qui sont de côté & d’autre dans un jardin, & pratiquer au-dessus un petit toit en paille ou en tuiles, on les garantit par ces moyens de la pluie qui tombe perpendiculairement ; mais lorsqu’elle est poussée par le vent, elle bat contre la ruche, coule le long des planches, entre par les ouvertures, mouille des gâteaux, & occasionne la moisissure. Si c’est au printems, la seule humidité contractée par les parois extérieures de la ruche, est capable de nuire au couvain, & de le retarder de quelques jours. En hiver la neige poussée par le vent s’arrête sur la table, ferme les ouvertures de la ruche, & prive par conséquent les abeilles d’une circulation d’air qui leur est nécessaire en tout tems. Son humidité entretient le froid dans l’intérieur ; & après avoir pénétré la table de la ruche, elle se communique aux gâteaux, qui en sont très-endommagés. Si les abeilles résistent à tous ces maux, après la mauvaise saison, c’est un travail de plus. Elles sont obligées de briser & d’enlever de leurs gâteaux tout ce qui est moisi : pendant qu’elles sont occupées à cet ouvrage, elles perdent souvent un tems précieux, & la ponte de la reine peut en être retardée.

3º. Malgré toute la prévoyance qu’on s’est plu d’accorder aux abeilles, il leur arrive très-souvent