Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1782, tome 2.djvu/186

From Wikisource
Jump to navigation Jump to search
Cette page a été validée par deux contributeurs.


vents, afin de pouvoir facilement séparer la poussière d’avec le blé ; son sol dur & sec. Dans quelques endroits, après que le blé a été battu, on en cultive le sol, & c’est une petite économie si on considère le travail & la dépense qu’il faudra faire l’année suivante pour la remettre en état. Pour durcir le sol de l’aire, la glaise est absolument nécessaire ; cependant elle a le défaut de se gercer & de se crevasser par la grande chaleur. On y remédiera en ajoutant de petites retailles de pierre, & même un peu de poussière de chaux éteinte à l’air. On peut de tems à autre, pendant la première année, la faire battre avec une batte, (voyez ce mot) afin que les parties se réunissent de plus en plus. Dans certains cantons de nos provinces méridionales, on mêle la terre grasse avec du marc d’olive, le tout délayé ensemble. On en couvre l’aire d’une forte couche ; lorsqu’elle commence à sécher, on la bat & on ajoute une seconde couche que l’on bat de nouveau. Il est rare d’avoir besoin d’une troisième. Pour que ces couches ne se desséchent pas trop vite, & par conséquent ne se gercent pas, il convient de les recouvrir de paille. Dans d’autres cantons, après avoir bien nivelé & battu le sol, on délaie de la fiente de vache dans l’eau, & cette eau, au moyen des balais, est étendue sur le sol. L’une & l’autre méthode sont très-bonnes. Quelques-uns se contentent de traîner à plusieurs reprises un fort rouleau qui aplatit & nivelle le terrain. Que l’on se serve du fléau ou des chevaux ou des mules pour séparer le grain de l’épi, l’une ou l’autre précaution est indispensable ; sans elle, le grain s’amoncelleroit dans les crevasses, ou bien le fléau ou les pieds des animaux l’incrusteroient dans une terre trop molle. Il n’en est pas ainsi lorsque l’on bat pendant l’hiver & à couvert ; l’aire est toujours prête si aucune circonstance particulière ne l’a dérangée.

On ne doit jamais commencer à battre si la gerbe n’a été pendant quelque tems amoncelée en gerbier ou meaux ou meule ; ces mots, usités dans certaines provinces, sont synonymes. Pendant ce tems le grain laisse évaporer une partie de l’humidité qui le renfloit, il prend de la retraite, & la balle (voyez ce mot) qui l’enveloppoit, se dessèche, s’ouvre & le laisse échapper plus facilement. Le proverbe dit que le blé sue dans le gerbier, c’est-à-dire, qu’il perd une partie de son eau surabondante de végétation.

Si on bat avec le fléau, les gerbes sont déliées & étendues sur le sol, de manière que l’épi regarde le centre de l’aire, & la paille les pieds du batteur ; au contraire, dans les pays où l’on se sert de mules ou de chevaux, on commence par garnir le centre de l’aire par quatre gerbes sans les délier ; l’épi regarde le ciel & la paille porte sur terre ; elles sont droites. À mesure qu’on garnit un des côtés des quatre gerbes, une femme coupe les liens des premières, & suit toujours ceux qui apportent les gerbes, mais elle observe de leur laisser garnir tout un côté avant de couper les liens. Les gerbes sont pressées les unes contre les autres, de manière que la paille ne tombe point en avant ; si cela arrive, on a soin de la relever lors-