Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1782, tome 2.djvu/20

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Un cuir naturellement délicat, un voyage de longue haleine, principalement dans l’été, qui aura produit une écorchure par le frottement de cette partie contre le corps de l’animal, sont les causes qui peuvent y donner lieu. Nous avons vu des chevaux en être tellement incommodés, qu’ils marchoient à peine, & qu’ils fauchoient en cheminant, comme s’ils avoient pris un écart.

Ce mal cède facilement aux fomentations émollientes. L’inflammation dissipée, il faut bassiner la plaie avec du vin chaud miellé, & achever la cure par l’usage des poudres dessiccatives. M. T.


ARSENIC. Substance demi-métallique, pesante, volatile, qui se dissipe dans le feu sous la forme d’une fumée qui répand une odeur semblable à celle de l’ail.

On distingue trois sortes d’arsenic, le blanc ou cristallin, le jaune & le rouge. La loi & toutes les ordonnances de police, défendent de vendre de l’arsenic aux particuliers, à moins qu’ils ne soient connus, & elle a même porté la précaution jusqu’à prescrire aux vendeurs d’inscrire sur un registre le nom de l’acheteur. La loi est sage, & son exécution est presque nulle. J’ai vu dans la boutique d’un épicier d’une petite ville, la boîte à arsenic placée à côté de celles des girofles & de la muscade ; enfin, à la portée de la main, comme si une pareille substance ne devoit pas être tenue sous la clef. On veut vendre, & peu importe à qui, parce que pesonne n’a l’œil ouvert sur la vente.

Sous prétexte de détruire les rats & les souris, on achète une composition connue sous le nom de mort aux rats, & qui plus d’une fois a causé la mort des hommes. Il y a tant de moyens de détruire ces animaux, qu’il est absurde de recourir à un piège si dangereux, & dont la couleur & la texture ressemblent si bien à celle de la farine.

L’usage de l’arsenic devroit être proscrit de la médecine ; même à petite dose, soit intérieurement, soit extérieurement, il est dangereux. C’est un caustique & un corrosif au suprême degré, dont le vrai correctif n’est point encore connu. L’idée seule de ses ravages sur l’économie animale fait frémir : pris intérieurement, il occasionne une chaleur brûlante, & les douleurs les plus atroces dans l’estomac & dans les intestins ; une soif dévorante qu’aucune boisson ne sauroit éteindre, suivie de fortes envies de vomir, de syncopes, de hoquets, de sueurs froides, de vomissemens de matières noires, de selles fétides. Le ventre s’aplatit, le pouls se resserre, se concentre ; la gangrène dévore l’estomac, les intestins ; enfin le malheureux meurt dans des douleurs inouïes, & au milieu des plus horribles convulsions.

Les secours ne sauroient être assez prompts ; le lait, l’huile d’olive, (sans rancidité) ou du beurre frais que l’on fait fondre dans l’eau tiède, doivent être donnés à grandes doses, tant que subsiste l’envie de vomir, & ne pas discontinuer tant qu’on suppose le moindre atôme d’arsenic dans l’estomac, & provoquer le vomissement en chatouil-