Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1782, tome 2.djvu/236

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fait périr beaucoup de moutons dans l’écurie même. Leur graisse se fond & se change en une substance aqueuse & corrosive ; la laine d’hiver pousse beaucoup, à peu près comme les plantes que l’on tient dans la serre chaude ; elles perdent en qualité ce qu’elles gagnent en longueur, & souvent la racine de cette laine se dessèche, & la laine tombe, &c.

Il est très-facile de remédier à ces inconvéniens, en faisant construire des bergeries ouvertes. Élevez leurs murs de circonférence à la hauteur de quatre pieds, & laissez une ouverture pour la porte, qui sera fermée par une barrière mobile. À cette hauteur, le loup ne sauroit pénétrer dans la bergerie. Il est d’ailleurs trop rusé pour se jeter dans un endroit dont il ne peut pas facilement sortir. Sur ce mur, élevez des pilliers en bois ou en maçonnerie, & donnez-leur huit pieds de hauteur ; ils serviront à porter une charpente recouverte en tuiles ou en chaume, &c. Le forget du toit doit déborder de deux pieds les murs, afin de garantir la bergerie des pluies, & de conduire ces eaux de manière que le sol de l’intérieur ne contracte point d’humidité. Chaleur & humidité, sont les deux fléaux les plus redoutables pour les troupeaux.

Cette bergerie ouverte sera d’un grand secours pendant l’été, à ceux qui n’ont point d’abri à donner aux troupeaux, depuis dix heures du matin jusqu’à trois de l’après-midi ; elle servira également, tant que les gelées ne refroidiront pas trop l’atmosphère, & même pendant les gelées, si l’on veut m’en croire. Je n’avance point ici une opinion hazardée, ni un systême ; je parle d’après ma propre expérience ; & tout le monde sait que M. le maréchal de Saxe fit jeter dans le parc de Chambor plusieurs moutons & plusieurs brebis de la race de Sologne ; que devenus sauvages dans ce parc, qui a trois lieues de tour, clos de murs, & dont la majeure partie est en forêt & en taillis, ils s’y sont multipliés, & que leur laine a été trouvée de beaucoup supérieure à celle de tous les troupeaux du voisinage. Mais veut-on une preuve au moins aussi forte, & qui portera la conviction jusque dans les esprits les plus prévenus ? il suffit d’aller à Montbard, dans la Haute Bourgogne, voir chez M. Daubenton, combien nous sommes encore éloignés d’avoir des idées saines sur l’éducation des moutons. On y verra les espèces flandrines du Cotentin, de l’Île de France, de la Sologne, de la Bourgogne, du Languedoc, de la Navarre ; enfin, de toutes les provinces de France, avoir pour bergerie un terrain très-étendu, simplement clos de mur. Ces races sont exposées à toutes les intempéries des saisons, les mères mettent bas au milieu de la neige ; & les agneaux, loin d’y périr, acquièrent beaucoup de force & de vigueur. J’ose ici joindre mes instances à celles du public, pour engager ce respectable & zélé citoyen à faire imprimer l’ouvrage qu’il a annoncé, que l’on attend depuis long-tems avec la plus vive impatience. J’espère qu’il produira une révolution complète en France.

À l’article Mouton, nous entre-