Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1782, tome 2.djvu/561

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Le caillou répandu si généralement sur la surface de la terre, & qui, dans certains cantons, semble la recouvrir généralement, est une substance pierreuse extrêmement dure, faisant feu avec le briquet ; d’un grain si fin, qu’il échappe à la vue. En général, le caillou est d’une couleur brune, quelquefois noire ; mais on en trouve aussi de différentes couleurs. Sa transparence ne s’apperçoit que lorsqu’il est réduit à une très-mince épaisseur ; & cette transparence est toujours obscure. Sur la surface de la terre, on le trouve isolé & par morceaux, qui approchent plus ou moins de la figure ronde. Ils paroissent en général avoir été roulés ou par les eaux de la mer, ou par celles des fleuves & des rivières. Ceux que l’on rencontre dans l’intérieur de la terre, y sont par bancs, parsemés dans du sable, du gravier ou de la craie ; souvent dans cette dernière substance ils forment des couches considérables, continues, & peu distantes les unes des autres ; l’épaisseur de ces couches ne va guère au-delà de dix à douze pouces, & plusieurs n’ont que quelques lignes. C’est dans les falaises qui bordent les côtes de la mer qui baigne la Normandie ; dans celles qui, partant de la Champagne, vont à travers l’Ile-de-France, la Normandie & la Picardie, gagner les provinces de l’Angleterre qui sont face aux nôtres ; dans toute cette étendue, le caillou en banc ne forme qu’une masse raboteuse à l’extérieur, & qui annonce à chaque pas l’ouvrage de la mer, par la forme des madrépores & des polypiers que conserve le caillou dans quantité d’endroits. Ces observations peuvent conduire à l’explication de l’origine du caillou ; mais nous en parlerons plus particulièrement au mot Pierre.

Quelque dur que paroisse le caillou, quoique les acides, ces agens si puissans, ne paroissent avoir aucune prise sur lui, que le feu ne peut le réduire en chaux, & qu’il ne le fond & le vitrifie qu’à l’aide d’un alcali ; le tems, ce destructeur puissant, qui développe sans cesse le germe de la décomposition dans tous les êtres, n’épargne pas les corps les plus durs, & le caillou n’est point à l’abri de ses effets. Exposé à l’air, il se décompose par des nuances insensibles, à la vérité, mais qui n’en sont pas moins réelles ; alors sa surface extérieure devient blanchâtre, farineuse ; elle happe la langue à la façon des argiles : si on le casse dans cet état, on remarquera facilement que cette blancheur pénètre plus ou moins avant dans l’épaisseur du caillou, suivant la longueur du tems qu’il est resté exposé à l’air.

La chimie & l’histoire naturelle, offrent à l’envi une infinité de détails sur la nature & la variété qui se rencontrent dans les cailloux ; mais le plan que nous nous sommes proposé dans cet Ouvrage, ne nous permet pas de les exposer ici ; nous renvoyons donc ceux de nos lecteurs qui seroient curieux de s’en instruire, aux livres qui les renferment.

Le caillou, lorsqu’il est en trop grande masse & en trop grande quantité, nuit beaucoup à l’agriculture ; non-seulement il oppose une difficulté & une gêne perpé-