Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1782, tome 2.djvu/594

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leur fourche jusque vers l’extrémité des feuilles ; alors ils serrent les fourches le plus qu’ils peuvent contre la plante, en les fixant en terre par l’autre bout ; ensuite ils approchent du cardon & placent leurs liens. Un seul homme peut faire cet ouvrage. D’abord il saisit toutes les feuilles d’un côté avec une fourche, la fait glisser jusque vers leur extrémité, la fixe en terre par l’autre bout, fait la même chose d’un autre côté avec une fourche ; ensuite il place les liens de paille. L’opération se fait mieux par deux hommes, dont l’un embrasse & arrange les feuilles du cardon, & l’autre met les liens ; mais il faut que le premier soit vêtu & ganté de bonne peau. De quelque façon qu’on s’y prenne, on doit avoir grande attention de ne pas rompre des feuilles, puisque leur côte est la principale portion utile du cardon.

Lorsqu’on a mis le plant de cardon en place sur couche, on a dû choisir les plus beaux pieds & les plus forts, & laisser les plus foibles sur la seconde couche ou dans les pots. Vers la mi-Mars, on laboure profondément un morceau de bonne terre ; on y marque des places en échiquier, distantes de trois, ou au moins de deux pieds & demi en tout sens ; on y fait de petites fosses de huit à dix pouces sur chaque dimension, que l’on remplit de fumier consommé, recouvert de deux ou trois pouces de terreau, & on place un pied de cardon dans chacune. S’il étoit en pot, il n’a besoin que d’une bonne mouillure pour plomber le terreau contre sa motte. S’il étoit planté sur la couche, il faut, aussitôt qu’il est placé en pleine terre, le mouiller & le couvrir pendant quelques jours d’un pot, de paille, ou de quelqu’autre chose, dont l’abri puisse faciliter sa reprise. Ce plant n’aura besoin que de quelques binages au pied, & d’être mouillé tous les deux jours, jusqu’à ce qu’il soit bon à lier ; ce qui arrive en Juin ou Juillet.

Si le semis de Janvier avoit été tout employé pour la première plantation, il faudroit, pour cette seconde, faire un second semis du 15 au 18 Février, sur couche, qui n’aura pas besoin d’être transplanté sur une autre. Il est plus avantageux de placer ce second plant dans la plate-bande d’un espalier au nord, ou autre lieu frais, ou abrité du soleil, qui, dans cette saison, feroit monter en graine la plupart des pieds.

Enfin vers le 15 Avril, il faut labourer profondément & dresser un terrain, y faire garnir & espacer de petites fosses comme il est dit ci-devant, semer dans chacune trois ou quatre graines de cardon, à deux ou deux pouces & demi de distance l’une de l’autre, & environ à un pouce de profondeur. Lorsque le jeune plant est à sa troisième feuille, on choisit le plus beau pied de chaque fosse, & on arrache tous les autres ; mais dans les terrains & les années où le ver de hanneton, la lisette, la fourmi-rouge, le puceron, &c. font de grands ravages, on est quelquefois obligé de resemer le cardon, ce qui fait un retardement préjudiciable & fort long, car la graine ne lève que du quinzième au vingtième