Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1782, tome 2.djvu/629

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


emploie des purgatifs doux, la manne, les tamarins, les sels neutres, le féné, à petites quantités.

On commet ordinairement bien des erreurs dans le traitement de ces maladies ; elles sont de deux genres. Les uns ne font usage que des remèdes les plus incendiaires, & les autres que des remèdes les plus relâchans. Ces derniers nuisent moins que les premiers ; & c’est pour cette raison qu’ils en font moins d’usage, preuve bien convaincante des maux dans lesquels nous plonge l’ignorance. Nous allons examiner ces deux objets, qui sont bien plus intéressans que le commun du peuple ne le croit.

Premièrement, les remèdes chauds. Lorsqu’une personne est attaquée d’un catarre, sur-tout à la poitrine, à l’estomac & au foie, le peuple, qui croit que toutes les maladies ne viennent que de foiblesse, fait usage de remèdes chauds ; le vin chaud avec le sucre & la cannelle, l’eau-de-vie, seule ou mêlée avec quelques aromats, sont, comme on le dit vulgairement, les grands chevaux de bataille. Mais qu’arrive-t-il de l’usage de ces remèdes ? Nous avons dit plus haut, que tout catarre étoit une inflammation légère, & il est aisé de concevoir si des remèdes chauds appaiseront l’inflammation. Non-seulement elle ne cède pas à ces moyens, mais elle devient très-considérable : la suppuration n’a pas le tems de se former, & la gangrène paroît, accompagnée de tous les symptômes sinistres. Nous avons plus d’une fois vu expirer en peu de tems des malheureux attaqués de catarres simples, qui étoient dégénérés en gangrène, à la suite de ce traitement ignorant. Le médecin, communément appelé trop tard, n’arrive que pour gémir sur les abus énormes répandus dans la science salutaire & consolante de la médecine, abus qui détruisent plus de citoyens utiles que la peste & la guerre.

Secondement, les remèdes relâchans. Dans le commencement d’un catarre, comme il y a fièvre, tension, douleur & toux, si la poitrine est affectée, il est certain que les remèdes relâchans, l’eau tiède, chargée de la partie mucilagineuse des plantes émollientes, l’eau de poulet & de veau légère, &c. conviennent, ainsi que la saignée, pour détourner le sang qui se porte toujours avec impétuosité vers les lieux enflammés, & pour détremper l’humeur âcre qui irrite ces organes ; mais lorsqu’une fois l’inflammation est calmée, & que la nature commence à exciter de légers mouvemens pour se débarrasser de la matière catarrale par un endroit quelconque ; que la tension & la douleur sont beaucoup diminuées, & presque disparues, il ne faut pas continuer l’usage des remèdes relâchans, parce qu’affoiblissant la nature, elle ne pourra pas ramasser assez de force pour chasser au dehors ce qui lui nuit, la matière restera fixée dans des organes affoiblis, s’altérera, communiquera son altération aux parties sur lesquelles elle siège, & de là naîtront des suppurations lentes de la poitrine, de la vessie, du foie, &c. On voit tous les jours des gens qui rendent le pus par la bouche ou par d’autres couloirs, parce qu’on a négligé ou mal traité un catarre très-léger dans son principe. Quelquefois on voit l’humeur catarrale se répandre & se fixer indistinctement dans