Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1782, tome 2.djvu/667

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



CHAPITRE PREMIER.

Observations sur l’origine du Cerisier.


Tous les auteurs modernes ont assez généralement copié les anciens, & se sont accordés à dire, d’après Ammian Marcellin, que Lucullus fut le premier qui fit transporter les cerisiers de Cerasunte à Rome. Pline dit qu’avant la victoire remportée par Lucullus sur Mithridate, les cerisiers étoient inconnus à Rome l’an 680 ; & que de Rome, cent vingt ans après, ces arbres passèrent en Angleterre. On a conclu des passages des différens auteurs, que la cerise n’étoit pas originaire d’Europe. Ne donneroit-on pas trop d’extension, & ne généraliseroit-on pas un peu trop cette conclusion ?

J’accorderai volontiers que la cerise n’étoit pas connue à Rome avant la victoire de Lucullus ; mais on ne doit pas conclure d’une petite partie de l’Europe pour l’Europe entière. Ne pourroit-on pas encore dire que Lucullus apporta des greffes ou des arbres de Cerasunte, dont la qualité du fruit étoit supérieure à celle des cerisiers sauvages, qui ne fixoient pas l’attention des romains ? ou peut-être ces cerisiers sauvages n’existoient pas en Italie, parce que cet arbre aime les pays froids ? Pline ajoute qu’on n’a pas pu naturaliser cet arbre en Égypte, sans doute à cause de la chaleur du climat.

Il me paraît que le type de presque toutes les espèces de cerisiers aujourd’hui connues, existoit dans les Gaules, & y a toujours existé. Nos grandes forêts en fournissent la preuve. Entrons dans quelques détails à ce sujet.

On sait que l’origine du pêcher, de l’abricotier, du lilas, est asiatique. Ces arbres ont été multipliés en France, & leurs graines, répandues par hasard dans les bois voisins des habitations des hommes, ont germé, & enfin ont donné des arbres de leur espèce.

On trouvera peut-être encore un marronnier d’Inde, levé au milieu des forêts de Marly, de Saint Germain, &c. ou un acacia dans celles du midi de la France, &c. & ces arbres sont fort étonnés de se trouver dans une semblable situation ; mais si on pénètre au fond de ces immenses forêts qui sont restées de l’ancienne Gaule, & éloignées de toute habitation, comme la forêt de Compiègne ou celle d’Orléans, ou dans les pays de montagnes qui représentent la nature sauvage, comme les Ardennes, les Vosges, les forêts de Bourgogne, de Champagne, de Franche-Comté, de Suisse, &c. on n’y trouvera jamais ni pêchers, ni abricotiers, ni lilas, ni marronnier d’Inde, ni acacia, &c. Cependant c’est dans ces mêmes forêts qu’on trouve en très-grande abondance le cerisier des bois ou merisier, qui est un arbre égal en hauteur aux autres grands arbres des forêts, & que je crois être le type des cerisiers à fruits doux, nommés guignes à Paris.

Aucun auteur ne rapporte si Lucullus a réellement enrichi la campagne de l’ancienne Rome, des espèces de cerises acides & douces. Il y a même lieu de penser que les huit espèces de cerises citées par Pline, avoient été produites postérieurement à la première époque, soit par les semis, soit par l’hibridicité ou mélange des étamines, puisque toutes ont des noms romains,