Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1784, tome 5.djvu/476

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rique, (l’oignon de scille ou squille). Les oignons demandent donc à être peu enfoncés en terre, & même on les voit, lorsqu’ils grossissent, venir à l’extérieur quêter les influences de l’atmosphère.

Les herbes à racines tubéreuse craignent également la trop grande humidité ou la trop longue humidité, à cause du tissu spongieux & mucilagineux qui remplit ces tubercules ; ordinairement le parenchyme ne fait que la moitié de leur volume. Outre ces tubercules, ces plantes sont garnies de racines fibreuses & en assez grand nombre ; elles demandent donc un sol qui ait du fond, qui soit bien amendé, bien travaillé, & arrosé au besoin, ou par les pluies ou par art.

Les herbes à racines purement fibreuses n’exigent pas la même profondeur pour le sol, puisqu’elles ne peuvent s’implanter fort avant dans la terre ; mais plus la racine est fibreuse, plus elle demande un terrain bien ameubli & bien amendé, sans quoi elle végétera mal, & épuisera ce terrain au point de ne lui laisser presque plus de nerf ni de lien. La racine du tournesol, soit vivace, soit annuel, en fournit la preuve. On travaille en pure perte lorsqu’on laboure ou lorsqu’on bêche beaucoup au-delà du point jusqu’auquel la racine peut aller, quoique ce travail ne soit pas en lui-même inutile, puisqu’il a ramené à la surface la terre de dessous, ou bien l’a mélangé avec celle de dessus déjà appauvrie par les plantes qu’elle a nourries. Les labours si profonds ne sont donc pas de nécessité première dans les bons fonds destinés aux plantes à racines fibreuses.

Il n’en est pas ainsi des herbes à racines pivotantes, (la luzerne, les carottes, les scorsonères, &c) : elles n’ont point ou très-peu de racines fibreuses ; toute la nourriture vient du pivot, & dès que ce pivot ne peut plus s’enfoncer, la plante commence à languir. Le pivot de la luzerne, dans un sol qui lui convient, pénètre jusqu’à quatre & même cinq pieds de profondeur ; mais pour pivoter avec facilité, il faut que la terre soit douce, substantielle ; c’est-à-dire, un composé de terre végétale & de sable.

Il seroit facile d’étendre beaucoup plus loin ces généralités ; elles sont suffisantes à l’homme qui réfléchit.


Herbe (mauvaise). Dénomination vague, & qui présente une idée fausse. Je ne connois en agriculture que le chiendent & quelques autres plantes semblables, parce que leurs tiges brisées prennent racine à chaque nœud, ou si elles rampent sur terre, de chaque nœud il sort des racines. Une fois établies dans un champ, dans une vigne, il est presque impossible de les détruire sans des travaux sans cesse renouvelés & long-temps continués. Une herbe est mauvaise lorsqu’elle s’empare du sol dans lequel on a semé telle autre plante, parce qu’elle est parasite, dévore sa substance, nuit à sa végétation, ou la fait périr, en la privant des influences de l’air ; mais c’est toujours la faute du cultivateur, si son jardin, si ses champs en sont infectés ; pourquoi ne les a-t-il pas travaillés avant la maturité de ces herbes, qu’il appelle mauvaises, & sur-tout à l’époque de la fleuraison, temps auquel elles sont le plus remplies de sucs & de principes végétatifs ? Alors ces herbes auroient rendu à la terre plus de principes qu’elles n’en avoient