Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1796, tome 9.djvu/37

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blanches avec le sang, & par la diminution des sécrétions, il résultera une proportion différente entre la partie rouge du sang & sa partie blanche : le trombus diminuera. Rien n’est plus constant que cet effet de la saignée : il augmentera suivant la quantité du sang évacué ; si elle est grande, le sang plus mobile, circulant plus aisément, éprouvant moins de frottement, la nature étant affoiblie par les efforts qu’elle aura faits pour rétablir cet équilibre nécessaire, les forces, les sécrétions, la chaleur diminueront, pendant que la facilité à prendre la fièvre & la sensibilité croîtront.

Si on saigne un grand nombre de fois répétées coup sur coup, avant que la régénération du sang ait pu se faire, l’animal le plus sain & le plus vigoureux, on enlève une si grande quantité de cette partie rouge, que l’assimilation du chyle ne pouvant s’exécuter, les forces, les sécrétions & les excrétions étant languissantes, tout ce qui étoit destiné à l’évacuation étant retenu dans les vaisseaux séreux, &c., des sucs mal digérés, stagnants dans le corps, ne pouvant être préparés, corrigés, nettoyés ; cet animal, dis-je, deviendra bouffi, hydropique ; il pourra même arriver que ces maux lui donnent la mort ; ils influeront au moins sur tout le reste de la vie. Il faut une certaine partie de rouge pour qu’elle puisse s’assimiler au chyle.

Le mal que produit une évacuation d’une partie de rouge sera bientôt réparé ; il aura été à peine sensible dans un animal formé & robuste. Il n’en est pas ainsi dans un jeune animal, chez qui la saignée & les hémorragies enlèvent l’élément des fibres nécessaires à la bonne conformation intérieure & extérieure. Elles sont donc en général nuisibles ou du moins très-dangereuses avant que l’animal n’ait entièrement pris tout son accroissement.

Tel est le tableau des effets des hémorragies, & de la saignée faite sans ligature dans un animal fort & robuste ; passons à l’examen de ce que cette dernière produit dans le même animal avec une ligature, telle qu’on la pratique communément.


Section II.

Des effets de ta saignée avec ligature.

Il est deux manières de saigner les chevaux avec ligature. L’une, à proprement parler, n’est qu’une simple compression des doigts sur la jugulaire, & c’est la seule qu’on devroit mettre en usage. l’autre est une ficelle dont les maréchaux peu expérimentés dans l’art de saigner, font un ou plusieurs tours autour du cou de l’animal. Celle-ci peut être suivie d’accidens ; car toutes les fois que cette petite corde comprime avec trop de force les vaisseaux de l’encolure, elle intercepte la circulation du sang, l’animal vacille, chancelle & tombe comme prêt à être suffoqué. En lâchant la ligature, on le rappelle à la vie : mais cette manière d’opérer étant dirigée par une main aveugle, peut produire un germe qui, par la suite, donne naissance à des maladies très-graves. De là les personnes qui ne peuvent saigner les chevaux à la jugulaire sans ligature, pour éviter les maux auxquels elle peut donner lieu, ne doivent la comprimer qu’autant qu’il est nécessaire pour pratiquer la saignée, sans occa-