Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1796, tome 9.djvu/382

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rons alors de véritables cultivateurs. Essayons, par un exemple, de fixer l’attention du lecteur. Le poirier en général va servir de modèle ; je dis en général, parce que des espèces s’écartent plus ou moins de la loi générale. Le poirier de blanquette, malgré son âge, conserve ses branches droites & serrées les unes contre les autres. Le bon chrétien d’été les écarte trop : il en est ainsi de l’angélique de Bordeaux, & de quelques autres. Le blanquet pousse des bourgeons courts, leurs feuilles sont rassemblées en bouquet ; le bon chrétien, l’angélique de Bordeaux, poussent des bourgeons fluets, que l’on est forcés de conserver en grande partie, parce qu’ils donnent le plus souvent leurs fruits à l’extrémité. Ce sont donc des causes particulières qui concourent à la soustraction de la loi générale, qui, malgré cette exception, ne cesse pas d’être générale.

Rozier - Cours d’agriculture, tome 9, pl. 13, fig4.png

Je vois un poirier isolé & greffé à œil dormant à la sève du mois d’août précédent. La greffe se développe & suit la direction de B en A, fig. 4, planche XIII, page 350. Je ne parle pas de la petite courbure qui a lieu à la sortie du jet de la greffe ; elle se dissipe peu à peu, ensuite au point que le jet ne forme plus avec le tronc qu’un tout en ligne droite. Cette tige, à mesure qu’elle s’élève, pousse des feuilles ; chaque feuille devient la nourrice d’un bouton placé à la base de son pétiole ou queue. (Consultez ce mot) L’année suivante & au printems, ces boutons pousseront, & ils décriront, en s’élevant avec le tronc A B, un angle de dix degrés AC[1]. Ce qui est arrive cette année à la tige A B, arrivera l’année d’après aux bourgeons qui se développeront sur la tige B C, & ainsi de suite, jusqu’à l’angle G de quarante-cinq degrés, relativement à la première tige A B. Chaque branche, chaque bourgeon, chaque feuille, demande à jouir de la lumière du soleil, des bienfaits de l’air ; mais si tous les nouveaux bourgeons avoient conservés, entre eux, l’angle de dix degrés, il est clair qu’il y auroit confusion entre ceux des tiges A C D E, &c. &c., & leur majeure partie seroit privée de la lumière, de l’influence de l’air & des effets météoriques. Mais la branche C, trop voisine des bourgeons de la tige, s’écarte en D ; le D en E, & ainsi de suite, & petit à petit, jusqu’en G, ou angle de quarante-cinq degrés ; parce que, sous cet angle, tous les bourgeons trouvent à se placer d’un côté & d’un autre, à respirer & à jouir de la lumière. Voilà donc la circonférence de la tête de l’arbre garnie d’autant de bourgeons & de feuilles qu’elle peut en contenir : alors, presque tous les boutons, feuilles & bourgeons, à mesure qu’on s’approche du centre, périssent petit à petit, parce que les feuilles de la circonférence leur intercepte l’air & leur dérobe la lumière : mais faites une trouée dans cette circonfé-

  1. On a divisé le cercle en trois cent soixante parties égales, qu’on a nommées degrés. On peut subdiviser le degré en autant de point ou lignes qu’on le désire. On appelle quart de cercle la distance comprise entre A & N. Elle est divisée en quatre-vingt-dix degrés : le milieu entre A & N est à quarante-cinq degrés.