Page:Rugendas - Voyage pittoresque dans le Brésil, fascicule 9, trad Golbéry, 1827.djvu/7

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au-dessus de toute discussion ; et le droit qu’a le plus fort de régner sur le plus faible, est au moins aussi ancien que celui du plus faible de se rendre indépendant du fort. Or, c’est sur ce droit du plus fort que sont fondées les dispositions législatives qui font de l’esclave la propriété du maître. Si la liberté est sacrée, la propriété ne l’est pas moins. De la sorte les défenseurs des droits de l’homme n’auraient plus d’autre ressource que d’arracher par la force les esclaves à leurs maîtres ; car difficilement ils parviendraient à leur persuader qu’ils n’ont pas le droit de garder les noirs qu’ils ont achetés ou hérités, parce que ces Nègres ont de leur côté le droit d’être libres. Il est à la fois plus facile et plus avantageux pour les Nègres dont on veut faire le bien, de persuader aux colons, et en général aux partisans de l’esclavage, que leur propre intérêt leur commande de renoncer à leurs prétentions, ou du moins en partie. Tant qu’on ne l’aura pas fait, nulle discussion sur la nécessité d’émanciper les esclaves, sur les moyens de l’entreprendre et de l’accomplir de la manière la plus satisfaisante pour tous ; car elle n’aura d’autre résultat que de mettre en opposition les droits naturels et les droits créés par la loi ; et ces derniers auront toujours l’avantage d’une démonstration claire et d’une possession actuelle.

Que l’émancipation des esclave noirs en Amérique soit de droit naturel ou non, qu’elle lèse ou non les avantages assurés par la loi aux propriétaires, elle est dans tous les cas la conséquence de l’action de forces une fois existantes, et les propriétaires ne peuvent conserver ces avantages qu’en renonçant volontairement à une partie de leurs droits.

Que les propriétaires rendent la position de leurs esclaves aussi supportable que possible, qu’ils aient la volonté de leur procurer le bien-être physique et moral (et c’est ce qu’ils font avec d’autant plus d’empressement que leur intérêt le commande) ; il en résultera, il est vrai, que ces esclaves sentiront moins le poids de l’oppression ; mais que l’on se garde de croire que, dès qu’ils auront acquis la propriété et l’habileté (conséquences nécessaires d’un bon traitement) ; que, dès que la supériorité du blanc aura disparu ou diminué, ces noirs puissent être maintenus plus long-temps dans l’état d’infériorité légale où les met l’esclavage ; ils sentiront le besoin de l’égalité dès qu’ils auront les moyens de l’obtenir. Maintenir les esclaves dans l’infériorité où ils sont placés, pourrait bien être une chose impossible en elle-même ; et si par des moyens violens, par des traitements sévères par tout ce qui rend l’esclavage encore plus dur, on essayait d’y parvenir, le seul résultat d’un pareil système serait que les esclaves s’affranchiraient de ces maux insupportables par la force : alors les insurrections et des violences incompatibles avec toute espèce d’ordre civil, des violences qui doivent