Page:Ruskin - La Bible d’Amiens.djvu/125

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lui parlant des souffrances et de la passion du Christ jusqu’à ce que Clovis s’élance de son trône, saisissant sa lance et s’écriant : « Si j’avais été là avec mes braves Francs j’aurais vengé ses injures. »

« Il y a peu de doute », poursuit l’historien cockney, que la conversion de Clovis fût affaire de politique autant que de foi. » Mais l’historien cockney ferait mieux de limiter ses remarques sur les caractères et les croyances des hommes à ceux des curés qui sont récemment entrés dans les ordres dans son voisinage fashionable ou des évêques qui ont prêché, ces derniers temps, à la population de ses faubourgs manufacturiers. Les rois francs étaient pétris d’une autre argile.

21. Le christianisme de Clovis ne produit, en effet, aucun fruit du genre de ceux qu’on remarque chez un moderne converti. Nous n’apprenons pas qu’il se soit repenti du moindre de ses péchés ni qu’il ait résolu de mener une vie en quoi que ce soit nouvelle. Il n’a pas été pénétré de la doctrine du péché à la bataille de Tolbiac ; ni en invoquant le secours du Dieu de Clotilde, il n’a senti naître en lui ni manifesté l’intention la plus lointaine de changer son caractère ou d’abandonner ses projets. Ce qu’il était avant qu’il crût au Dieu de sa reine, il le resta, avec beaucoup plus de force seulement, dans sa confiance nouvelle en l’appui surnaturel de ce Dieu auparavant inconnu. Sa gratitude naturelle envers la Puissance Libératrice et l’orgueil d’en être protégé, ajoutèrent seulement de la violence à ses habitudes de soldat, et accrurent sa haine politique de toute la force de l’indignation religieuse. Les démons n’ont jamais tendu de piège plus dangereux à la fragilité humaine que la croyance que nos ennemis sont aussi les ennemis de Dieu ;