Page:Ruskin - Sésame et les lys.djvu/120

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dans sa force et sa justice ; il est mauvais quand il est faible et ressenti pour une cause chétive. Il y a une admiration médiocre, comme celle de l’enfant qui voit un jongleur lancer des balles d’or, et ceci est bas si vous voulez. Mais croyez-vous que l’admiration soit sans noblesse ou la sensation moindre, avec laquelle chaque âme humaine est appelée à suivre les balles d’or du ciel lancées à travers la nuit par la Main qui les fît ? Il y a une curiosité médiocre, comme est celle d’un enfant ouvrant une porte défendue, ou d’un domestique fouillant dans les affaires de son maître ; et une noble curiosité explorant au prix des dangers la source du grand fleuve au delà du sable — la place du grand continent au delà de la mer ; une plus noble curiosité encore qui explore la source du fleuve de la vie, et l’étendue du continent du Ciel — les choses « jusqu’au fond desquelles les anges désirent voir[1] ». De même l’intérêt est sans noblesse qui vous rive aux péripéties et à l’intrigue de quelque conte futile ; mais pensez-vous que l’anxiété soit moindre, ou plus grande, avec laquelle vous observez ou devriez observer comment se comportent le Sort et la Destinée avec la vie d’une nation agonisante ? Hélas ! c’est l’étroitesse, l’égoïsme, la petitesse de votre sensation que vous avez à déplorer en Angleterre aujourd’hui ; sensation qui se dépense en bouquets et en discours ; en divertissements et en parties fines, en combats simulés et en gais spectacles de marionnettes, pendant que vous pourriez tourner

  1. I S. Pierre, 12. (Note du traducteur.)