Page:Ruskin - Sésame et les lys.djvu/145

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raient impossibles : c’est notre christianisme d’imagination qui nous aide à commettre ces crimes, parce que nous nous complaisons aux somptuosités de notre foi pour y trouver une sensation voluptueuse ; parce que nous la revêtons, comme toutes choses, de fictions. Le Christianisme dramatique de l’orgue et de la nef, des matines de l’aube et des saluts du crépuscule — le christianisme dont nous ne craignons pas d’introduire la parodie comme un élément décoratif dans les pièces ou nous mettons le diable en scène, dans nos Satanella[1], nos Robert le Diable, nos Faust ; chantant des hymnes au travers des vitraux en ogive pour un effet de fond et modulant artistiquement le « Dio » de variations en variations, en contrefaisant les offices : (le lendemain nous distribuons des brochures, pour la conversion des pécheurs ignorants sur ce que nous croyons

    tions dans une institution charitable est une grande et dangereuse erreur. »

    Cette phrase est si exactement et si extraordinairement fausse qu’il nous faut en renverser le sens dans nos esprits avant de songer à nous occuper d’aucun problème actuel de misère sociale. « Comprendre que les fonctionnaires chargés des secours aux pauvres sont les aumôniers de la Nation et devraient en distribuer les offrandes avec une grâce et une libéralité plus grandes et plus généreuses que celles permises à la charité individuelle, autant que la sagesse et le pouvoir collectif d’une Nation peuvent être supposés plus grands que ceux d’une seule personne, — ceci est la base de toute loi sur le paupérisme. » — Depuis que ceci a été écrit, le Pall Mall Gazette est devenu — comme les autres — un simple journal de parti, mais il est bien écrit et, somme toute, fait plus de bien que de mal (a).

    (a) Allusion, Rois, xxii, 27, bien que l’expression pain de l’affliction rappelle plutôt les Psaumes (127, 2.)

    (b) « Crie à plein gosier, ne te retiens pas, élève ta voix comme une trompette et annonce à mon peuple, etc. (Isaïe, 58, 1.)

    (c) Phrase essentiellement ruskinienne. Pour s’en rendre compte : 1° en ce qui concerne les premiers mots : « Je ne fais que mettre à côté de ces lignes du Pall Mall Gazette le message d’Isaïe », comparer avec la Bible d’Amiens, III, 48, note : « en regard de ce morceau éditorial de la presse théologique moderne en Angleterre, je placerai simplement les 4e, 6e et 13e versets de l’épître de S. Paul aux Romains, etc. — ; avec Unto This Last (Préface) 5, note : « À ces paroles diaboliques (d’Adam Smith dans la « Richesse des Nations ») j’opposerai seulement les plus belles paroles des Vénitiens découvertes par moi dans leur plus belle église (« Autour de ce temple, etc. ») ». Cette référence à l’autorité de la Bible pour trancher un problème d’économie politique est, comme je l’ai montré ailleurs, le témoignage d’une des plus originales dispositions d’esprit de Ruskin qui est d’attribuer à la littérature et à l’art (Ia Bible étant ici qu’un beau livre) une sorte de valeur scientifique et inversement de traiter la science comme un art, ce qui fait que pour Ruskin il n’y a pas, quand il s’agit de science, supériorité des temps modernes, sur l’antiquité, pas plus qu’il ne doit en effet y en avoir quand il s’agit d’art. Il y a là aussi, à notre avis, un peu d’idolâtrie et l’amusement d’un érudit qui s’amusa à chercher des recettes de cuisine dans Homère et des renseignements d’ornithologie dans Carpurccio. Notons encore que, dans le chapitre « Interprétations » de la Bible d’Amiens, par exemple, cette confrontation du présent au passé est invertie (Confrontation du passé au présent) se relevant plus du premier procédé que sa saveur d’anachronisme : Dans les bas-reliefs d’Amiens Ia Grossièreté comparée à une femme dansant le cancan, la Rébellion aux voyous qui claquent des doigts devant un prêtre ; à propos du Désespoir : « le suicide n’est pas considéré comme héroïque ni sentimental au xiiie siècle et il n’y a pas de morgue gothique au bord de la Somme, » etc. Ce qui nous amène 2° à comparer les derniers mots de la phrase (« message d’Isaïe aux conservateurs de son temps ») à tous ces anachronismes, mais plus particulièrement à la Bible d’Amiens, Il, 41 (« un des soldats francs de Clovis discuta sa prétention avec une telle confiance d’être soutenu par l’opinion publique du Ve siècle » et à Unto This Last, III, 42, « un marchand Juif (le roi Salomon) qui avait fait une des fortunes les plus considérables de son temps. » (Note du traducteur.)

    (d) Isaïe, lviii, 4 et 7. (Note du traducteur.)

    (a) Et maintenant il a cessé d’exister sous ce nom. Il est devenu le Westminster Gazette. (Note du traducteur.)

  1. Opéra de Balfe, compositeur de musique irlandais, né en 1808, mort en 1870. Balfe a compose de nombreuses partitions : Le Siège de la Rochelle 1835, Manon Lescaut 1836, Jane Grey 1837, Falstaff 1838, le Puits d’amour 1843, la Gipsy 1844, les 4 fils Aymon 1844, etc., etc. Satanella est de 1859. (Note du traducteur.)