Page:Ruskin - Sésame et les lys.djvu/198

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où elle vit et aime, par rapport au monde où Dieu vit et aime[1] ; et solennellement on devra lui apprendre à s’efforcer que ses pensées religieuses ne s’affaiblissent pas en proportion du nombre de ceux qu’elles embrassent et que sa prière ne soit pas moins ardente que si elle implorait le soulagement d’un mal immédiat pour son mari ou son enfant, quand elle la dit pour les multitudes de ceux qui n’ont personne pour les aimer, quand c’est la prière « pour ceux qui sont désolés et accablés[2] ».

73. Jusqu’ici, je le crois, j’ai rencontré votre assentiment ; peut-être ne serez-vous plus avec moi dans ce que je crois d’une impérieuse nécessité de vous dire. Il est une science dangereuse pour les femmes — une science qu’on doit les mettre en garde de toucher d’une main profane — celle de la théologie. Étrange, et lamentablement étrange ! que pendant qu’elles sont assez modestes pour douter de leurs capacités et s’arrêter sur le seuil de sciences où chaque pas est assuré et s’appuie sur des démonstrations, elles plongent la tête la première, et sans un soupçon de leur incompétence, dans cette science devant laquelle les plus grands hommes ont tremblé, où se sont égarés les plus sages. Étrange, de les voir complaisamment et orgueilleusement entasser tout ce qu’il y a de vices et de sottise en elles, d’arrogance, d’impertinence et d’aveugle incompréhension, pour en faire un seul amer paquet de myrrhe sacrée. Étrange, pour des créatures nées pour

  1. Allusion à Tennyson : « Dieu qui toujours vit et aime. » (Note du traducteur.)
  2. Prayer book.