Page:Rutebeuf - Oeuvres complètes, recueillies par Jubinal, tome I, 1839.djvu/310

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C’EST LI TESTAMENT DE L’ANE.

Aporta li prestres o soi ;
N’a garde qu’il ait fain ne soi.
Quant l’esvesques le voit venir,
De parler ne se pot tenir :
« Prestres, consoil aveiz éu,
Qui aveiz vostre sens béu ? »
— « Sires, consoil oi-ge, cens faille ;
Mais à consoil n’afiert bataille.
Ne vos en devez mervillier,
Qu’à consoil doit-on concillier.
Dire vos vueul ma conscience ;
Et c’il i afiert pénitance,
Ou soit d’avoirs, ou soit de cors,
Adons si me corrigiez lors. »

L’evesques si de li s’aprouche
Que parleir i pout bouche à bouche,
Et li prestres liève la chière,
Qui lors n’out pas monoie chière.
Desoz sa chape tint l’argent :
Ne l’ozat montreir por la gent.
En concillant conta son conte :
« Sire, ci n’afiert plus lonc conte :
Mes asnes at lonc tans vescu ;
Mout avoie en li boen escu,
Il m’at servi, et volontiers,
Moult loiaument .xx. ans entiers,
Se je soie de Dieu assoux.
Chacun an gaaingnoit .xx. sols,
Tant qu’il ot espargnié .xx. livres.
Pour ce qu’il soit d’enfer délivres
Les vos laisse en son testament. »