Page:Ségur - La soeur de Gribouille, Hachette, 1886.djvu/20

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gribouille.

Oui, je l’ai donnée de ta part, comme tu me l’avais dit.

caroline.

C’est donc Mlle Rose qui aura oublié de la remettre. Cours vite, Colas : dis à Mme Delmis que la robe est depuis une heure chez Mlle Rose.

Colas repartit en courant. Caroline était inquiète ; elle craignait, sans pouvoir se l’expliquer, une maladresse ou une erreur de Gribouille ; mais, à toutes ses interrogations, Gribouille répondit invariablement :

« J’ai donné le paquet à Mlle Rose, comme tu me l’as dit. »

Caroline se mit à tout préparer pour le coucher de la famille. Sa pauvre mère ne quittait pas son lit depuis cinq ans, et ne pouvait aider sa fille dans les soins du ménage ; mais Caroline suffisait à tout : active, laborieuse et rangée, elle tenait la maison dans un état de propreté qui donnait du relief aux vieux meubles qui s’y trouvaient. Elle suppléait par son travail à ce qui pouvait manquer aux besoins de la famille, et surtout à sa mère. Gribouille l’aidait de son mieux ; mais le pauvre garçon avait une intelligence si bornée, que Caroline ne pouvait lui confier d’autre travail que celui qu’il faisait avec elle. Son vrai nom était Babylas ; un jour, il imagina de mettre un bel habit neuf à l’abri de la pluie en entrant jusqu’aux genoux dans un ruisseau abrité par des saules pleureurs. Ses cama-