Page:Ségur - La soeur de Gribouille, Hachette, 1886.djvu/22

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regardait je ne sais quoi à sa fenêtre, me voit passer, reconnaît ma robe qui était à elle, me fait une avanie en pleine rue et me fait rentrer pour me déshabiller et lui rendre la robe que vous m’aviez envoyée en présent ! Et encore que j’ai eu la bêtise de donner une galette à votre imbécile de frère, qui s’est fait le complice de votre méchanceté !

caroline.

Ce que vous me dites me surprend beaucoup, mademoiselle Rose. J’avais dit à mon frère de vous porter la robe, je pensais que vous la remettriez à Mme Delmis ; comment pouvais-je croire que vous la recevriez comme un présent de moi, pauvre fille, qui ai de la peine à faire vivre ma famille ? Et quant à mon frère, il s’est acquitté de la commission que je lui ai donnée, et je ne pense pas qu’il mérite aucunement vos injures.

mademoiselle rose.

C’est bon, c’est bon, mademoiselle ! excusez-vous comme vous pouvez ; mais je vous préviens que, si vous voulez me faire renvoyer de chez Mme Delmis pour prendre ma place, vous n’y resterez pas. Madame est capricieuse et avare ; elle paye peu et regarde à tout ; elle gronde à tort et à travers ; elle vous compte les bûches et la chandelle ; elle enferme le sucre, le café, les confitures, le vin, tout enfin ; c’est une maison de rien, une vraie baraque ; avec ça, des enfants qui vont et viennent, qui vous arrivent les uns sui-