Page:Ségur - La soeur de Gribouille, Hachette, 1886.djvu/235

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Gribouille quitta la salle à manger avec calme ; il descendit à la cuisine, où il trouva Caroline, qui travaillait avec ardeur à la robe de Mme Delmis ; il se plaça devant sa sœur, debout, les bras croisés.

« Caroline ! » dit-il. Caroline leva la tête et parut surprise du l’air solennel de Gribouille. « Caroline, reprit-il, je n’ai plus d’ami.

caroline.

Plus d’ami ? quel ami avais-tu ?

gribouille.

Monsieur,… il était mon ami ; il ne l’est plus.

caroline.

Pourquoi ne l’est-il plus ! Comment le sais-tu ?

gribouille.

Je le sais, parce qu’il m’a abandonné ! Il ne l’est plus, parce qu’il a peur de sa femme, et qu’il n’a pas osé se mettre en contradiction avec elle. C’est un faux ami que celui qui abandonne son ami dans le danger… Je n’ai plus d’ami…

caroline.

Explique-moi, Gribouille, pourquoi monsieur t’a abandonné, et à propos de quoi il t’a abandonné. Je ne sais seulement de quelle chose tu veux parler. »

Gribouille raconta longuement et fidèlement à sa sœur ce qui lui était arrivé ; il ne lui cacha rien, pas même la dernière pile d’assiettes cassées. Caroline fut consternée. Elle comprit que Mme Delmis ne passerait pas par-dessus cette dernière