Page:Ségur - La soeur de Gribouille, Hachette, 1886.djvu/336

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le curé.

Je m’acquitterai de votre commission, ma chère enfant ; mais je puis vous répondre d’avance que la recommandation est inutile ; le brigadier est un homme sérieux et bon, en qui vous pouvez avoir toute confiance. Gribouille est aussi en sûreté sous sa garde qu’il le serait sous la vôtre ou sous la mienne. »

Le curé partit avec Nanon, qui portait sur son bras la houppelande, contre laquelle elle grommelait pour se dédommager de l’élan de sensibilité qu’elle venait de laisser échapper.

« Cette idée de passer toute la nuit près de cette femme morte ! disait-elle à mi-voix. Comme si ses prières n’étaient pas aussi bonnes dans sa chambre et dans son lit que dans cette maison maudite… Il faut toujours qu’il fasse comme personne… Est-ce que j’imagine, moi, de passer toute une nuit en tête-à-tête avec un mort ?… Agréable compagnie, en vérité !… Et pourquoi faut-il que ce soit moi qui ensevelisse cette femme ?… Quel bien lui en reviendra-t-il ? Qu’est-ce que j’en retirerai, moi ?… Ah ! mais c’est toujours comme ça ! Il ne pense pas au mal que ça donne… Il faut qu’on le fasse tout de même… parce que ça lui a passé dans l’idée.

— Nanon, vous avez de mauvaises idées, dit le curé qui l’entendait, bien qu’elle parlât bas dans ce moment. C’est une charité à laquelle je vous invite. Cette pauvre malheureuse, morte assassinée,