Page:Ségur - La soeur de Gribouille, Hachette, 1886.djvu/34

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


bes, ma tête se prend quelquefois ; la scène de tout à l’heure m’a fait bien mal. Et que deviendras-tu, ma pauvre enfant, avec Gribouille, qui est incapable de gagner sa vie et qui t’empêchera de te placer ? Pauvre Gribouille !

— Ne vous inquiétez pas de moi, chère maman, dit Caroline en l’embrassant tendrement ; je travaille bien, vous savez, je ne manquerai pas d’ouvrage ; je gagnerai facilement de quoi vivre avec Gribouille, qui fera le ménage et les commissions, et qui m’aidera de son mieux. D’ailleurs, vous n’êtes pas si mal que vous croyez ; vous vivrez longtemps encore ; et d’ici à quelques années mon frère deviendra bon ouvrier et aussi capable qu’un autre.

la mère thibaut.

J’en doute, ma fille. Mon pauvre Gribouille sera toujours ce qu’il est, et il te sera toujours une gêne et un ennui.

caroline.

Un ennui, jamais, maman. Une gêne…, peut-être ; mais je compte sur la protection du bon Dieu et je vous promets de ne jamais abandonner mon pauvre frère, quoi qu’il arrive.

la mère thibaut.

Merci, ma fille ; ma bonne Caroline, merci. Mais, si tu vois qu’il t’empêche de gagner ta vie, tâche de le placer chez de braves gens, bien pieux, bien charitables, qui le garderont pour l’amour du bon Dieu. Consulte M. le curé, il t’aidera : il est bon, tu sais.