Page:Ségur - La soeur de Gribouille, Hachette, 1886.djvu/53

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Mme Delmis se dirigea avec Gribouille vers la maison de Caroline ; elle y trouva Mlle Rose caquetant au milieu d’un groupe de femmes ; s’approchant d’elle, elle lui demanda pourquoi elle se trouvait là, au lieu d’être au marché pour ses provisions.

mademoiselle rose.

J’étais venue, madame, pour donner quelques consolations à Caroline, la sachant dans le chagrin.

— Jolies consolations ! s’écria la vieille Nanon indignée, vous lui disiez des sottises sans fin et vous la menaciez de lui faire perdre ses pratiques !

mademoiselle rose.

Moi ! peut-on dire ! C’est-y possible ! Seigneur Jésus !

nanon.

C’est possible, puisque cela est. Depuis une demi-heure que vous en dites, vous devriez avoir la langue desséchée par la méchanceté. Mais ce n’est pas vous, mauvais cœur, qui ferez du tort à une pieuse et honnête fille comme Caroline.

mademoiselle rose.

J’espère que madame n’ajoute pas foi aux ragots de cette vieille.

nanon.

Vieille vous-même ! Voyez-vous l’insolente qui jette son venin aux autres. Vous en avez donc à revendre, la belle ! Ce n’est pas moi qui vous en débarrasserai, toujours. Il n’aura pas de débit dans le pays.