Page:Ségur - La soeur de Gribouille, Hachette, 1886.djvu/80

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madame delmis, avec une colère contenue.

Oui, mademoiselle, je vous ai demandée ; devinez-vous pourquoi ?

caroline.

J’ai pensé que madame voulait bien me payer ce qu’elle me devait, comme je l’en avais priée par l’entremise de Mlle Rose. Je suis bien fâchée d’importuner madame, mais la mort de ma pauvre mère m’a obligée à des dépenses qui ont épuisé ma petite bourse, et je compte sur madame, qui a toujours été si bonne pour moi.

madame delmis.

Et vous, mademoiselle, vous vous comportez comme une fille malhonnête et ingrate. Vous avez raison de venir chercher votre argent ; c’est le dernier que vous aurez de moi… Tenez ; voici les soixante francs que je vous devais avant ces dernières robes, que je ne vous payerai certainement pas, et je vous prie de me rapporter celles qui sont restées à faire. »

Caroline écoutait Mme Delmis avec une surprise toujours croissante. Elle restait muette et interdite, cherchant à expliquer ce qui pouvait avoir causé le mécontentement de Mme Delmis. Les soixante francs étaient étalés sur la table sans qu’elle eût fait un mouvement pour les prendre ni pour parler.

Mme Delmis leva les yeux et fut touchée de l’expression douloureuse qui se répandait sur le visage de la pauvre fille.