Page:Sénèque - Tragédies, trad. Greslou, 1834, t. 1.pdf/121

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leur mère. À eux seuls, pour diminuer leur effroi, il est donné des flambeaux qui dissipent devant eux l’horreur des ténèbres. Les autres âmes cheminent dans la nuit, tristes comme nous le sommes, quand, loin du jour, nous sentons avec un douloureux serrement de cœur la terre tout entière peser sur nos têtes.

Là règne l’épais chaos, d’affreuses ténèbres, une nuit de couleur sinistre, un repos et un silence effrayans, des nuées vides et sans eau.

Puisse une lente vieillesse ne nous conduire que bien tard à cet affreux séjour, où l’on arrive toujours trop tôt puisqu’on n’en revient jamais ! Que sert de prévenir l’heure fatale ? Toute cette foule d’hommes, qui s’agite confusément sous le soleil, doit un jour descendre au séjour des Mânes, et passer l’eau stagnante du Cocyte. Du couchant à l’aurore, le genre humain croît tout entier comme une moisson que tu dois recueillir ; c’est pour toi qu’elle mûrit, ô Mort ! épargne du moins les générations futures : quand tu serais lente à venir, qu’importe, ne courons-nous pas nous-mêmes au devant de toi ? Le jour où nous recevons la vie, nous commençons à la perdre.

Ce jour est un jour de fête et de joie pour Thèbes. Empressez-vous autour des autels, et immolez de grasses victimes. Hommes et femmes, réunissez-vous pour former des danses solennelles. Que les habitans de nos riches campagnes laissent reposer leurs charrues. Le bras d’Hercule assure la paix au monde, depuis l’astre du matin jusqu’à l’étoile du couchant, et dans ces climats où le soleil, occupant le milieu du ciel, ne laisse point d’ombre autour des corps. Sur toute cette étendue que