Page:Sénèque - Tragédies, trad. Greslou, 1834, t. 1.pdf/49

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il pourrait triompher aussi de celles d’en haut. Il ravira le sceptre à son père : au lieu de s’élever lentement jusqu’au ciel, comme Bacchus, il voudra s’en ouvrir la route à travers des ruines, et régner seul dans l’univers après en avoir chassé tous les dieux. C’est l’épreuve de sa force qui lui donne cet excès d’audace ; en portant le ciel, il s’est reconnu assez fort pour le vaincre. Sa tête s’est tenue ferme sous le monde, et ses épaules n’ont point fléchi sous cet immense fardeau. Le firmament tout entier, avec tous ses astres et moi-même qui le pressais de tout mon poids, a reposé sur Hercule sans l’ébranler. Maintenant il cherche à envahir le ciel. Poursuis, ô ma colère ! poursuis ; frappe-le au milieu de ces vastes projets. Dresse-toi en bataille contre lui ; déchire-le de tes propres mains. Pourquoi chercher ailleurs l’instrument d’une haine si forte ? Laisse là tous les monstres ; laisse là Eurysthée, il n’a plus de force pour commander. Déchaîne contre ton ennemi les Titans, qui osèrent attaquer Jupiter lui-même ; lâche le prisonnier que presse le volcan de Sicile ; que le géant monstrueux soulève sa tête effroyable, enchaînée sous le poids de la terre de Doris ; que la lune, du haut des cieux, laisse tomber de nouveaux monstres qu’elle aura conçus.

Mais tous ces fléaux, il les a surmontés : veux-tu trouver un rival à Hercule ? il n’en peut avoir d’autre que lui-même : qu’il se fasse donc la guerre à lui-même. Il faut appeler du fond des enfers les terribles Euménides ; qu’elles viennent en agitant leur chevelure de flammes, et en brandissant dans leurs mains cruelles leurs fouets de serpens enlacés.