Page:Sénèque - Tragédies, trad. Greslou, 1834, t. 1.pdf/55

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hommes. Le berger tire ses troupeaux des étables, et les lâche dans les prairies, toutes blanches de la fraîche rosée du matin. Le jeune taureau, dont le front n’est pas encore armé, s’élance en liberté dans les pâturages, tandis que les mères remplissent leurs mamelles épuisées. Errant et folâtre, le chevreau bondit sur l’herbe tendre. La triste Philomèle, suspendue au sommet d’une branche, redit sa chanson au dessus de sa couvée bruyante, et brûle de déployer ses ailes au soleil nouveau. Les oiseaux en chœur mêlent confusément leurs voix à la sienne, et saluent de concert le réveil du jour. Le nocher développe et livre au souffle des vents sa voile aventureuse. Là, sur des roches creusées par le temps, c’est un pêcheur qui remet un appât à l’hameçon trompé, ou qui, penché sur les eaux, suit de l’œil et d’une main attentive la proie qu’il va saisir, et qui, en se débattant, courbe la ligne.


Voilà pour les hommes heureux qui goûtent la paix d’une vie simple et paisible, qui se contentent de ce qu’ils possèdent, et bornent leur espérance à la mesure de leurs champs.

Mais les soucis inquiets et les tristes alarmes s’agitent au sein des villes en noirs tourbillons. L’un se dérobe au sommeil pour aller assiéger l’entrée du palais des rois, et frapper à ces portes si lentes à s’ouvrir ; l’autre s’amasse des trésors sans fin, se consume à contempler ses richesses, et reste pauvre sur des monceaux d’or ; un