Page:Sénancour - Rêverie sur la nature primitive de l’homme, tome 2.djvu/117

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roit justifier s’il y avoit erreur inévitable, mais que la raison
peut en partie calculer avec exactitude.

[249]

Cette partie où il pourroit n’y avoir point d’in|certitude,
c’est la loi sociale absolue, celle qui considère l’homme
comme membre du corps social. Mais la loi sociale relative
est difficile : elle se propose de changer des hommes
sans les dénaturer, elle a pour objet d’unir en eux l’homme
au membre de la Cité. Il faut qu’elle détermine quels
penchans ces hommes peuvent conserver comme faisant
partie louable ou tolérable de leur être, et quelles inclinations
ils doivent sacrifier comme étant accessoires en eux,
comme étant arbitraires en quelque sorte et relatives aux
situations contingentes antérieures, comme étant nuisibles
dans la société en général, ou embarrassantes dans celle
qu’on veut établir.
Tous les hommes diffèrent entre eux. Mais comme on
ne forme point un tout avec des parties de diverse nature,
et surtout avec des parties de nature inconnue, les
différences incalculables entre les hommes sont précisément
ce qui force plus encore à les considérer comme tous
semblables. La loi concilie les extrêmes, et son but doit
être d’affoiblir l’effet des différences. Dans la nature, les
individus peuvent être différens, car ils sont isolés. Mais
dans l’ordre social c’est un rapport de similitude qui les
réunit. Ils sont tous hommes, donc tous semblables :
ils font corps, donc ce sont tous des égaux. Si les
institutions tendent à augmenter les différences naturelles
entre eux, si même elles n’ont pas un effet opposé,
elles sont en contradiction avec le principe même des
institutions. |

[250]

L’ordre social suppose l’homme absolu, les hommes
dépouillés de tout ce qui n’est point commun à tous. Il
sacrifie même une partie de ce qu’il y a de personnel dans