Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 11.djvu/403

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SUR L’ART POÉTIQUE D’HORACE. 3i?

f rr

par notre endroit foible. Une erreur qui ne fait que partager les esprits, et qui n’a pas le grand nombre de son côté, a droit de se plain-

dre, ou ce n’est pas une bonne erreur, et elle manque absolument de

couleur et de vraisemblance. Que doit-on penser de celle qui n’a plus

que trois ou quatre partisans ? car voilà justement à quoi se réduit la

moitié des beaux esprits et le monde entier, dont M. de S* se flatte

d’avoir brisé les chaînes’. £.

3t. de 5* « J’ai été flatté du plaisir de faire connoître qu’on

pouvoit donner à Horace un sens différent de celui de son traduc-

teur, sans lui faire dire des absurdités. »

Réponse. M. de S* le pourroit sans doute en d’autres endroits;

mais pour celui-ci, j’espère, Monsieur, que votre arrêt le détrompera,

en lui faisant voir qu’il jette Horace dans des contradictions mani-

festes je lui laisse décider si des contradictions manifestes ne sont

pas des absurdités.

M. de S* « Et sans faire à ses paroles une aussi grande violence

que celle de rendre le mot communia par des choses qui il’ont jamais

été dites ni trouvées par personne. »

Réponse. Mais j’ai prouvé si fortement que communia signifie cela

aussi naturellement que collegium signifie collège d’où vient que

M. de S* n’y a pas répondu? Est-ce à lui à régler l’usage des mots latins, et ne doit-il pas plutôt s’y soumettre?

M. de S* « Nous convenons tous qu’il faut préférer les sujets

connus aux sujets inventés. »

Réponse. Cela n’a jamais été mis en question. On ne dispute que

de laraison qu’Horace doit donner du précepte. Je l’ai suffisamment expliqué, et M. de S* n’y a pas répondu je me plains de sa prudence.

M. de S**k. « II ordonne de chercher l’action d’une tragédie dans

la guerre de Troie, par la facilité qu’il y a d’en faù-e xne bonne

pièce de théâtre. »

Réponse. Ce n’est nullement par la facilité; car Horace n’a pas

voulu dire aux Pisons qu’il étoit facile de traiter un sujet connu,

mais qu’il étoit moins difficile que d’en traiter un nouveau, et c’est

une vérité qui ne peut être contestée.

t. Voyez les vers <£ Alexandre cités plus haut (p. 3ia) par Charles de

Sévigné.