Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 2.djvu/384

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1671 Pour la Mousse, il fait des catéchismes les fêtes et les dimanches : il veut aller en paradis ; je lui dis que c’est par curiosité, et afin d’être assuré une bonne fois si le soleil est un amas qui se remue avec violence[1], ou si c’est un globe de feu. L’autre jour il interrogeoit des petits enfants ; et après plusieurs questions, ils confondirent tout ensemble, de sorte que, venant à leur demander qui étoit la Vierge, ils répondirent tous l’un après l’autre que c’étoit le créateur du ciel et de la terre. Il ne fut point ébranlé pour les petits enfants ; mais voyant que des hommes, des femmes, et même des vieillards disoient la même chose, il en fut persuadé, et se rendit à l’opinion commune. Enfin il ne savoit plus où il en étoit, et si je ne fusse arrivée là-dessus, il ne s’en fût jamais tiré. Cette nouvelle opinion eût bien fait un autre désordre que le mouvement des petites parties[2].

Adieu, ma très-chère enfant ; vous voyez bien que se chatouiller pour se faire rire, c’est justement ce que nous faisons. Je vous embrasse et vous baise tendrement, et vous prie de me laisser penser à vous, et vous aime de tout mon cœur.


208. — DE MADAME DE SÉVIGNE À MADAME DE GRIGNAN.
Aux Rochers, dimanche 4e octobre.

Vous voilà donc, ma chère fille, à votre Assemblée : je vous ai mandé combien je trouvois mauvais que M. de

  1. 5. Dans les éditions : « un amas de poussière qui se meut avec violence. » — Voyez les Principes de la philosophie de Descartes, IIIe partie, chap. xxi, xxii, lxxii.
  2. 6. Voyez la note 7 de la lettre 199.