Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 2.djvu/516

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1672 reuse ; je le sais du même endroit qu’Adhémar. C’est encore un secret ; mais il y a des gens obligeants qui avancent le plaisir de savoir les secrets deux jours plus tôt, et c’est tout ; il y en a d’autres dont la sécheresse fait mourir. Que peut faire une amitié sous cet amas d’épines ? Où en sont les douceurs ? Elle est écrasée, elle est étouffée. Nous eussions fait hier un livre là-dessus, Guitaut et moi ; et je renouvelai mon vœu de ne la jamais connoître[1] sous un visage si déguisé. Adieu, ma très-aimable : je m’en vais souper chez M. de la Rochefoucauld ; c’est ce qui fait ma lettre si courte.


251. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ À MADAME DE GRIGNAN.
À Paris, mercredi 24e février.

J’ai reçu tout à la fois vos deux lettres. Je n’ai pu voir votre douleur sans renouveler la mienne. Je vous trouve véritablement affligée, et c’est avec tant de raison qu’il n’y a pas un mot à vous répondre : j’ai senti tout ce que vous sentez, et je n’avois point attendu la mort de ce pauvre Chevalier, pour en dire tous les biens qui se trouvoient en lui. Je vous plains de l’avoir vu cette automne : c’est une circonstance à votre douleur. Monsieur d’Uzès vous mandera ce que le Roi lui a dit là-dessus, à quoi toute la famille doit prendre part. On l’a fort regretté dans ce pays-là, et la Reine m’en parla avec bonté. Enfin tout cela ne nous rend point cet aimable garçon. Vous aimez si chèrement toute la famille de M. de Grignan, que je vous crois aussi affligée que lui.

  1. 9. Dans l’édition de 1754 : « de ne jamais connoître l’amitié. »