Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 2.djvu/539

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je l’avoue ; les Bretons en sont jaloux. Adieu, ma très-aimable ; il me semble que vous savez combien je suis à vous : c’est pourquoi je ne vous en dirai rien ; aussi bien j’ai résolu de ne pas faire une grande lettre : si pourtant ie savois quelque chose de réjouissant, je vous le manderois assurément ; car je ne m’amuserois pas à soutenir cette sotte gageure.


257. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ À MADAME DE GRIGNAN.
À Paris, mercredi 16e mars.

Vous me parlez de mon départ : ah ! ma chère fille ! je languis dans cet espoir charmant. Rien ne m’arrête que ma tante, qui se meurt de douleur et d’hydropisie. Elle me brise le cœur par l’état où elle est, et par tout ce qu’elle dit de tendre et de bon sens. Son courage, sa patience, sa résignation, tout cela est admirable. M. d’Hacqueville et moi, nous suivons son mal jour à jour : il voit mon cœur, et la douleur que j’ai de n’être pas libre tout présentement. Je me conduis par ses avis ; nous verrons entre ci et Pâques. Si son mal augmente, comme il a fait depuis que je suis ici, elle mourra entre nos bras ; si elle reçoit quelque soulagement, et qu’elle prenne le train de languir, je partirai dès que M. de Coulanges sera revenu. Notre pauvre abbé est au désespoir, aussi bien que moi ; nous verrons donc comme cet excès de mal se tournera dans le mois d’avril. Je n’ai que cela dans la tête : vous ne sauriez avoir tant d’envie de me voir que j’en ai de vous embrasser ; bornez votre ambition, et ne croyez pas me pouvoir jamais égaler là-dessus.

Mon fils me mande qu’ils sont misérables en Alle-