Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 3.djvu/262

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

1673 quefois de Paris. Si vous voulez écrire à ma fille, adressez votre lettre à M. Aubarède, marchand, à Lyon.

M. Rabutin Chantal.

341. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ À MADAME DE GRIGNAN.
À Moret, lundi au soir, 30e octobre.

Me voici bien près de Paris ; mais sans l’espérance d’y trouver toutes vos lettres, je n’aurois aucune joie d’y arriver. Je me représente l’occupation que je pourrai avoir pour vous : tout ce que j’aurai à dire à MM. de Brancas, la Garde, l’abbé de Grignan, d’Hacqueville, à M. de Pompone, à M. le Camus. Hors cela où je vous trouve, je ne prévois aucun plaisir ; je mériterois que mes amies me battissent et me renvoyassent sur mes pas : plût à Dieu ! Peut-être que cette humeur me passera, et que mon cœur, qui est toujours pressé, se mettra un peu plus au large ; mais il ne peut jamais arriver que je ne souhaite uniquement et passionnément de vous revoir. Parler de vous, en attendant, sera mon sensible plaisir ; mais je choisirai mes gens et mes discours : je sais un peu vivre ; je sais que ce qui est bon aux uns est mauvais aux autres ; je n’ai pas tout à fait oublié le monde, j’en connois les tendresses et les bontés, pour entrer dans les sentiments des autres : je vous demande la grâce de vous fier à moi, et de ne rien craindre de l’excès de ma tendresse. Si mes délicatesses, et les mesures injustes que je prends sur moi, ont donné quelquefois du désagrément à mon amitié, je vous conjure de tout mon cœur, ma fille, de les excuser en faveur de leur cause. Je la conserverai toute ma vie, cette cause, très-précieusement ; et j’espère que sans lui faire aucun