Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 3.djvu/296

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

1673 intelligence. J’ai dans ma poche des lettres de M. de Coulanges et de M. d’Hacqueville qui ne parlent que de moi. Il est vrai, ma bonne, que j’ai plus joui de votre amitié et de votre bon cœur, dans mon voyage, que je n’aurois fait en toute ma vie ; je le sentois bien, et ce temps m’étoit bien précieux : vous ne savez point aussi le déplaisir que j’avois de le voir passer. Vous êtes trop reconnoissante, ma bonne : de quoi ? Quand je songe que toute ma bonne volonté ne produit rien d’effectif, je suis honteuse de tout ce que vous dites ; il est vrai que, pour l’intention, elle est bonne, et qu’elle me donne quelquefois des tours et des arrangements de paroles, quand je parle de vos intérêts, qui ne seroient pas désagréables, si j’avois autant de pouvoir que j’ai la langue déliée[1].


351. — DE MADAME DE SÉVIGNÈ À MADAME DE GRIGNAN.
À Paris, lundi 27e novembre.

Votre lettre, ma chère fille, me paroît d’un style triomphant. Vous aviez votre compte quand vous me l’avez écrite ; vous aviez gagné vos petits procès ; vos ennemis vous paroissoient confondus ; vous aviez vu partir votre époux à la tête d’un drappello eletto[2], vous espériez un bon succès d’Orange : le soleil de Provence dissipe au moins à midi les plus épais chagrins ; enfin votre humeur est peinte dans votre lettre. Dieu vous maintienne dans

  1. 9. Des quatre éditions qui donnent cette lettre, celle de 1734 est la seule qui la termine par cette phrase : « En un mot comme en mille, je suis à vous : c’est une vérité que je sens à tous les moments de ma vie. »
  2. Lettre 351. — 1. D’une troupe choisie. — C’est un souvenir de la Jérusalem délivrée. Voyez la stance 25 du Ve chant.