Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 3.djvu/301

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1673

352. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ À MADAME DE GRIGNAN.
À Paris, vendredi 1er décembre.

Ce siége d’Orange me déplaît comme à vous. Quelle sottise ! quelle dépense ! La seule chose qui me paroisse bonne, c’est de faire voir, par cette suite de M. de Grignan[1], combien il est aimé et considéré dans sa province. Ses ennemis en doivent enrager ; mais on a beau faire des merveilles, cette occasion n’apportera ni récompense, ni réputation : je voudrois qu’elle fût déjà passée.

J’ai soupé avec l’amie[2] de Quanto. Vous ne serez point attaquée en ce pays-là, que vous ne soyez bien défendue. Cette dame a parlé de vous avec une estime et une tendresse extraordinaires : elle dit que personne n’a jamais tant touché son goût ; qu’il n’y a rien de si aimable ni de si assorti que votre esprit et votre personne. On vous a fort regrettée, et d’un ton qui n’avoit rien de suspect. J’ai causé aussi avec l’archevêque de Reims, qui vous est fort acquis. Son frère n’est point du tout dans la manche de Mme de Coulanges. Volonne a acheté la charge de Purnon[3], maître d’hôtel de Madame : voilà un joli établissement ; voilà où la Providence place Mme de Volonne.

  1. Lettre 352. — 1. Toute la noblesse distinguée de Provence suivit M. de Grignan dans cette occasion. (Note de Perrin.)
  2. 2. Mme Scarron. (Note du même.) — Quanto, abréviation de Quantova, qui, comme nous l’avons vu, désigne Mme de Montespan.
  3. 3. D’après Saint-Simon, Purnon avait été dans le secret de l’empoisonnement de Madame Henriette et en avait fait l’aveu au Roi. Saint-Simon ajoute que « Purnon, le même Cl. Bonneau, » était demeuré premier maître d’hôtel de Madame de Bavière, mais qu’elle le « tracassa si bien, qu’elle le fit quitter, et qu’il vendit sa charge, sur la fin de 1674, au sieur Viel de Suranne (d’après l'état de la France, ce dernier, Michel de Viel de Suranne, ne fut que maître d’hôtel ordinaire). » Voyez Saint-Simon, tome III, p. 182 et suivantes, et la note