Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 3.djvu/77

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1672 Voilà, Monsieur, sur mon Dieu et sur mon honneur, ce qu’il me paroît que vous observez mieux que personne que je connoisse. Je le dis incessamment parmi nos savants. Si je vais à Bussy, je veux lire avec vous les satires et les épîtres d’Horace, et vous demeurerez d’accord qu’il n’y a que lui dans l’antiquité, et qu’il n’y aura que lui dans les siècles à venir qui soit incomparable. Voici le caractère qu’en fait Perse[1] :


Omne vafer vitium ridenti Flaccus amico
Tangil, et admissus circum præcordia ludit.



276. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ À MADAME DE GRIGNAN.
À Paris, ce lundi 16e mai.

Votre relation est admirable, ma très-chère bonne : je crois lire un joli roman, dont l’héroïne m’est extrêmement chère. Je prends intérêt à toutes ces aventures ; je ne puis croire que cette promenade dans les plus beaux lieux du monde, dans les délices de tous vos admirables parfums, reçue partout comme la Reine… ce morceau de votre vie est si extraordinaire et si nouveau, et si loin de pouvoir être ennuyeux, que je ne puis croire que vous n’y trouviez du plaisir ; et quoique votre cœur me souhaite quelquefois, je suis assurée, ma bonne, que vous vous êtes laissé divertir, et j’en ai une véritable joie. Si vous

  1. 6. Dans sa première satire, vers 116 et 117 : « Flaccus effleure adroitement tous les vices de son ami, qu’il fait rire, et s’insinuant il se joue autour du cœur. » — À la suite de ces vers, Mme de Coligny a ajouté ces mots, qui répondent à une addition à la lettre du 1er mai précédent : « Mme de Sévigné me charge de l’éloge de vos épîtres. En vérité, Monsieur, elles mériteroient qu’Ovide le fît lui-même, par reconnoissance de se voir si fort embelli. »