Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 4.djvu/91

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Notre-Dame des Anges[1], et qu’au moins nous retrouverons-nous. Ce raisonnement est approuvé : nous voilà dans une petite route avec des branches mouillées qui nous donnent par le nez ; nous voilà dans de grandes herbes aussi fort mouillées, et après avoir marché deux grosses heures, espérant nous retrouver vers Notre-Dame des Anges, devinez où nous avons retrouvé le jour ? devinez ; mais encore devinez. Au-dessus précisément du village de Livry, et c’est le clocher de Saint-Denis[2] qui a le premier brillé à nos yeux, et qui nous a fait connoître combien nous possédons la carte du pays. Madame votre mère, qui aime la haute forêt et la belle vue, s’est consolée : elle a retrouvé tout ce beau pays qui la charme ; elle a reconnu l’herbe verte qu’elle a si souvent foulée avec sa charmante fille. Mais tout cela ne nous a point consolés, la Martel et moi, qui avions bien faim, et qui nous sommes trouvés bien loin de la cuisine de l’abbaye. Enfin nous avons tant marché que nous avons retrouvé notre abbé et le père prieur, qui nous attendoient impatiemment vers la Vildottière ; et sommes revenus en si pitoyable état, que nous n’avons pas fait autre chose que de nous mettre tous au lit.

Je m’en vais présentement à Paris, à la quête de ce pauvre M. de Sanzei. Adieu, ma belle Comtesse ; Montélimar est toujours Montélimar[3], ma belle Comtesse.

  1. Dans la forêt, à peu près à un quart de lieue de Livry. L’ancienne chapelle a été détruite, mais à la place on en a construit une nouvelle qui aujourd’hui encore est visitée par de nombreux pèlerins.
  2. Saint-Denis est situé à l’ouest de Livry, à un peu plus de.trois lieues, si l’on mesure la distance à vol d’oiseau.
  3. Voyez plus haut, p. 38 et 39, la lettre de Coulanges du 9 août précédent.