Page:Sade - Aline et Valcour, ou Le roman philosophique, tome 1, 1795.djvu/69

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ce qui m’y contraignait. Les gens d’affaire allaient dévaster mon bien ; le ministre allait nommer à mon emploi : ces deux cruelles infortunes étaient pourtant les moins terribles que je dusse craindre ; car si je reparaissais, malgré tout cela, quel sort affreux pouvait m’attendre ?

Mon premier soin, en arrivant à Genêve, fut d’écrire à Déterville, le seul ami réel que je possédasse. Sa réponse quadrait on ne saurait mieux avec les conseils de M. de * * *. Rien ne transpirait, disait-il ; mais on était dans un instant de rigueur sur les duels, et dussé-je tout perdre, il valait mille fois mieux pour moi m’exposer à ce sort, que de risquer une prison peut-être perpétuelle, en reparaissant avant qu’il ne fût bien sûr qu’il n’y eût aucun danger.

Cet avis me paraissait trop sage pour ne pas être suivi, et je priai Déterville de m’écrire régulièrement tous les mois à Genêve, d’où je ne me proposai point de sortir, n’ayant pas assez de fonds pour voyager. Je renvoyai une partie de mes gens, après leur avoir fait promettre le secret, et j’attendis en