Page:Sade - Dorci, ou la Bizarrerie du sort, 1881.djvu/30

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prit, dans les cachots, une issue théorique, elle se complut dans des idées scélérates, mais la morale la plus sévère n’égale pas les crimes imaginés aux crimes perpétrés. Notre fou aurait été en somme peu dangereux si on avait brûlé ses livres au lieu de les imprimer. Il était intelligent ; il y a, dans son Idée sur les romans, des observations judicieuses et un sens littéraire assez droit. La remarque qu’il y fait que « ce n’est qu’en travaillant que les idées viennent » frappera, sans doute, par sa justesse, tous ceux qui ont quelque expérience de la production intellectuelle. À la façon dont il parle[1] de la Princesse de Clèves, de Manon Lescaut et de Clarisse Harlowe, il semble que ces œuvres charmantes se soient reflétées dans son âme sans déformation ni enlaidissement. La nouvelle, que nous publions pour la première fois, ressemble à ces petits récits romanesques que l’abbé Prévost sema dans le Pour et le Contre, et n’est pas inférieure à la plupart de ces contes noirs. Le désordre mental, qui est manifeste dans les actes

  1. Dans son Idée sur les Romans. Cet opuscule, placé par l’auteur en tête des Crimes de l’Amour, a été réédité récemment chez M. Rouveyre, par les soins de M. Octave Uzanne.