Page:Sade - Histoire secrète d’Isabelle de Bavière, reine de France, Pauvert, 1968.djvu/355

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de peu d’importance, les chevaux de son char s’arrêtèrent au coin de la même rue où le duc de Bourgogne avait lui-même assassiné le duc d’Orléans et que, dans ce moment, Bourgogne serra la main d’Isabelle : Il manque à notre triomphe, dit la reine, il était digne de l’orner.

Ce fut ainsi que, foulant aux pieds toute retenue, elle osa se présenter à son époux, trop heureux de l’accueillir encore et de nommer ses libérateurs, elle et son affreux complice.

Au lieu de se jeter aux pieds d’un époux qu’elle avait aussi cruellement outragé…, d’un époux qui ne devait plus la voir qu’avec horreur, après tout ce que ses yeux et les dépositions de Bois-Bourdon lui avaient appris, au lieu de trembler en approchant de ce malheureux prince et d’implorer son pardon, elle eut l’audace de lui adresser des reproches et de lui demander la réhabilitation de Bois-Bourdon qu’il avait, disait-elle, trop légèrement cru et plus injustement encore condamné au dernier supplice.

Quel front ! mais celui d’Isabelle ne rougissait plus, l’habitude du mal éteint la honte de l’avoir conçu ; l’endurcissement de la scélératesse est le nec plus ultra de la misère humaine. Cet état ferait presque douter de la dignité de notre existence, s’il n’était pas probable qu’il est un des moyens