Page:Sade - Histoire secrète d’Isabelle de Bavière, reine de France, Pauvert, 1968.djvu/358

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redoutables, vous êtes l’exécuteur de la justice : où cette justice sacrée et servie par vous est-elle mieux outragée qu’ici ? Ces traîtres vous appartiennent, vous seul devez trancher leurs jours ou diriger les coups qu’on va leur porter ; soyez impitoyable, votre maître vous en saura gré ; songez que nos intérêts sont les mêmes et que vous servez la cause de Charles VI en servant la nôtre.

— Oui, Capeluche, dit le duc de Bourgogne en serrant les mains du bourreau, oui, mon ami, obéissez à nos ordres ; les lois, elles-mêmes, ne vous en prescriraient pas de plus sages ; soyez leur organe, leur protecteur, honorez-vous de répandre ce sang impur ; à vous seul, comme vient de vous le dire la reine, appartient l’honneur de le verser. »

Quand les mains de ce scélérat et celles de ses confrères eurent vidé les prisons de cette terrible manière, les forcenés demandèrent les prisonniers de Vincennes. On les leur livra avec la clause de les conduire au Châtelet, afin que les murs du donjon, qui servait pour lors de palais au roi, ne fussent pas souillés ; mais la soif du sang de ces malheureux était si ardente qu’on les égorgea dès qu’ils furent sur la route de Paris[1].

  1. Quelques-uns s’échappèrent et furent poursuivis jusque dans la ville. Ce fut dans cette occasion qu’un soldat ivre frappa l’image de la Vierge qui se voyait dans la rue aux Ours.