Page:Sade - Histoire secrète d’Isabelle de Bavière, reine de France, Pauvert, 1968.djvu/385

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À l’égard de cette princesse, son désespoir fut affreux quand elle apprit à quel point avaient mal tourné ses conseils. La violence des accès de sa douleur fit craindre un moment pour sa vie. Ne doutant pas que son fils fût cause de cet événement, elle sentit redoubler la haine qu’elle lui portait, et ne pensa plus qu’à la vengeance. Les plaisirs de cette détestable passion adoucissaient en elle les peines qu’elle prenait à l’assouvir, en sorte qu’elle était souvent fort aise d’éprouver les contradictions qui devaient donner libre cours à son caractère atroce.

Elle fut se jeter aux pieds du roi pour solliciter une vengeance qu’elle ne devait pas obtenir de lui, qu’il y avait même de l’indiscrétion à demander ; mais son âme électrisant ceux qui l’entouraient, elle eut l’art d’associer à sa douleur tous ceux qui l’écoutaient. Les habitants de Paris, désolés, jurèrent entre les mains du comte de Saint-Paul de venger cette mort, et le comte fit le même serment.

De ce moment la croix de Bourgogne fut généralement arborée, et le parti du jeune Charles baissa tellement par les soins perfides de cette marâtre, qu’on fut jusqu’à lui contester ses droits : on ne l’appelait plus dans Paris que le soi-disant dauphin.