Page:Saint-Amant - Œuvres complètes, Livet, 1855, volume 1.djvu/159

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Mais sa vertu secrette enseigne à mon penser
Qu’estant un diamant, tout esprit doit apprendre
Que jamais aucun feu ne le peut offenser.

Si, par une merveille aimable en ce malheur,
Ce bel œil retenoit cette ardente couleur
Pour me servir de phare,
Il passeroit aux yeux des plus sages amans
Pour un de ces rubis dont l’eclat est si rare,
Qu’il en est plus prisé que tous les diamans.

Son cher frere, affligé de ce que son pareil
Luy va donner moyen d’estre appellé Soleil
En le laissant unique,
Bien plus de passion dedans luy nous fait voir
À fuyr cet honneur, qu’il juge tyrannique,
Que jadis Phaëton n’en monstra pour l’avoir.

Il pleure, et nul objet ne l’en peut divertir,
Comme si par ses eaux il pensoit amortir
Les flames trop voisines :
On diroit, à le voir respandre ainsi des pleurs,
D’un vaze de christal tout plein de perles fines
Que l’on renverseroit sur quelque champ de fleurs.