Page:Saint-Amant - Œuvres complètes, Livet, 1855, volume 1.djvu/165

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Un jour, pres d’une vive source
D’argent liquide et transparant,
Qui prend la fuitte en s’esgarant
Vers la mer où finit sa course,
Mon lut, parlant à basse vois,
S’entretenoit à avec mes dois
De mes secrettes fantaisies,
Et parfois s’esclattant en la vigueur des sons,
Les roches se sentaient saisies
Du mignard tremblement de mille doux frissons.

Les oyseaux, tirez par l’oreille,
Allongeant le col pour m’ouyr,
Se laissoient presque esvanouyr,
Tous comblez d’aise et de merveille.
Les animaux autour de nous
Nous contemploient à deux genous,
Plongez dans un profond silence,
Quand d’un vieux chesne, esmeu de ce contentement,
Avec un peu de violence
Sortirent ces propos assez distinctement :

Orphée, aux yeux de Radamante,
A donc ramené des enfers,
Malgré les flames et les fers,
Sa chere et gracieuse amante ?
Ce rare exemple d’amitié
Est donc rejoint à sa moitié
Par deux fois de luy separée ?
Et sa teste, où les dieux tant de dons ont enclos,
Ny sa lyre tant admirée,
Ne furent donc jamais à l’abandon des flots ?