Page:Saint-Amant - Œuvres complètes, Livet, 1855, volume 1.djvu/181

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Comme captive rend las armes,
Que j’estimeray mon sçavoir
Si pour vous prendre il peut avoir
En ce mestier assez de charmes !



INCONSTANCE [1].


On devroit bien trouver estrange
Que ma muse n’ait mis au jour
Quelque œuvre digne de louange
Sur le sujet de mon amour :
Je m’en estonnerois moy-mesme ;
Mais, dans mon inconstance extresme,
Qui va comme un flus et reflus,
Je n’ay pas si-tost dit que j’ayme,
Que je sens que je n’ayme plus.

Il est vray que je sçay bien feindre,
Et qu’il n’est esprit si rusé,
Lors que ma bouche se veut plaindre,
Qui ne s’en trouvast abusé ;
Mon cœur plein d’infidelles charmes
N’espargne ni soûpirs ni larmes
Pour essayer d’y parvenir,
Et mes paroles sont des armes
Contre qui rien ne peut tenir.


  1. Tous les poètes du temps ont chanté l’inconstance. Voyez, entre autre, la jolie chansons de P. Corneille :
    Si je perds bien des maistresses,
    J’en fais encore plus souvent.

    Et cette autre, extraite de la Fleur des chansons amoureuses :

    Dieux ! que c’est une belle chose
    Que d’estre aymé et n’aymer point !