Page:Saint-Amant - Œuvres complètes, Livet, 1855, volume 1.djvu/234

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SONNET.


Vos attraits n’ont plus rien que l’espée et la cappe ;
Vostre esprit est plus plat qu’un pied de pelerin ;
Vous pleurez plus d’onguent que n’en fait Tabarin,
Et qui voit vostre nez le prend pour une grappe.

Vous avez le museau d’un vieux limier qui lappe,
L’œil d’un cochon rosty, le poil d’un loup marin,
La chair d’un aloyau lardé de romarin,
Et l’embonpoint d’un gueux qui réclame Esculape.

Vous portez comme un cu longue barbe au menton ;
Vostre corps est plus sec que le son d’un teston[1] ;
Vous berçastes jadis l’ayeul de Melusine.

Pièce de cabinet, quittez nostre quartier,
Et, prenant pour jamais congé de la cuisine,
Qu’on ne vous trouve plus, sinon chez Dumonstier[2].



SONNET.


Entrer dans le βορδελ d’une démarche grave,
Comme un cocq qui s’apreste à jouer de l’ergot ;
Demander Janneton, faire chercher Margot
Ou la jeune bourgeoise, à cause qu’elle est brave ;

Fureter tous les troux, jusqu’au fond de la cave,
Y rencontrer Perrette, et, daubant du gigot,
Dancer le bransle double au son du larigot ;
Puis y faire festin d’une botte de rave ;

  1. Teston, ancienne monnaie de France, que l’on commença à fabriquer sous Louis XII.
  2. Daniel Dumonstier (prononcez Du Moustier, comme convent, couvent), peintre célèbre, né vers 1550, mort en 1631. Il étoit fameux par ses collections de toutes sortes. — Voy. son Historiette dans Tallemant (édit. ln-12, V. 55.)