Page:Saint-Amant - Œuvres complètes, Livet, 1855, volume 1.djvu/255

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Le Melon.

Fouille pour nostre bouche et renverse du groin [1],
Le seigneur des jardins, que les herbes reverent,
Et Vertumne et Pomone ensemble s’y trouverent,
D’asperges, de pois verds, de salades pourveus,
Et des plus rares fruicts que jamais on eust veus.
Bref, nul, en ce banquet, horsmis le vieux Saturne,
Qui, flatté d’un espoir sanglant et taciturne,
Du complot de Typhon avoit esté l’autheur ;
Nul, dis-je, horsmis Mars, le grand gladiateur ;
Nul, horsmis le Thebain qui charge son espaule
D’un arbre tout entier en guise d’une gaule ;
Nul, horsmis la pucelle aux doigts laborieux,
Qui de ceux d’Arachné furent victorieux ;
Et nul, horsmis Mercure, en cette illustre bande,
Ne vint sans apporter, par manière d’offrande,
De quoy faire ripaille, ainsi que l’avoit dit
Celuy qui sur l’Olympe a le plus de credit.
Encore, entre ceux-là, l’histoire represente
Que, si de rien fournir Minerve fut exente,
C’est pour l’amour du soin qu’elle voulut avoir
De mettre le couvert, où la belle fit voir
Mainte œuvre de sa main superbement tissue ;
Que quand au bon Hercule avecque sa massue,
C’est qu’il estait alors, pour garder ses amis,
En qualité de suisse à la porte commis ;
Que, quant au furibond, au traisneur de rapiere,
Au soudart thracien, qui d’une ame guerriere
Employe à s’habiller enclumes et marteaux,
C’est qu’il eut le soucy d’aiguiser les cousteaux ;
Et que, pour le causeur à la mine subtile,

  1. Ce vers et les trois précédents, omis dans toutes les éditions, se trouvent imprimés à part dans la 4e partie, avec cette indication : — Quatre vers à insérer dans le Melon, après « Des champignons nouveaux… »