Page:Saint-Just - Œuvres complètes, éd. Vellay, I, 1908.djvu/254

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


patrie et à vous, elle ne vous aurait point arraché mon cœur.

C’est sous vos yeux que j’aurai fait mes premières armes, c’est ici que mon âme s’est trempée à la liberté, et cette liberté dont vous jouissez est encore plus jeune que moi.

Le vœu de mes commettants et la rigueur de ma mission me forcent à prendre parti dans la querelle qui vous divise ; forcé de n’en prendre qu’un, ma conscience est à un seul et mon cœur à tous les deux ; jeune comme je le suis, je dois épier les sages exemples pour en profiter, et si quelque chose m’a touché, c’est la modération respective que vous avez mise ce matin dans vos discussions.

Je ne déprise point la ville de Laon ; elle est fille de la patrie aussi bien que Soissons, et si cette mère commune avait à prononcer entre nous, elle ne nous reprocherait point nos faiblesses et ne nous parlerait que le langage de nos entrailles.

Parmi les différentes motions qui ont agité l’Assemblée ce matin, la plus imprévue est l’acte d'offre de la ville de Laon de faire les frais de l’établissement, lequel acte a été demandé par M. Carlier, lieutenant-général de Coucy.

Des électeurs, a-t-on dit ensuite, n’ont point besoin de caractère pour contracter au nom de leur commune ; cela est vrai, mais je demande acte, moi, de la générosité de Messieurs de Laon, sans préjudice aux droits de Soissons, parce qu’ils me paraissent solides.

Le vœu de mes commettants est pour cette dernière ville. J’ai parcouru les campagnes, et le pauvre est content ; les fautes reprochées à Soissons ne sont point les siennes, mais celles de l’antique administration, et la France est régénérée aujourd’hui dans sa politique et dans ses mœurs. La ville de Soissons était dans le cœur même du despotisme, et ses malheurs lui ont appris à gouverner sagement.

La ville de Laon me paraît tout à fait généreuse et tout à fait dévouée au bien public ; elle fera des sacrifices, mais ce seront des sacrifices. Il faut quelquefois refuser sagement des offres dictées par l’ivresse et l’impétuosité du sentiment ; la vertu a de nobles illusions qui la perdent.