Page:Saint-Just - Œuvres complètes, éd. Vellay, I, 1908.djvu/304

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CHAPITRE IV

DE LA NATURE DE LA DÉMOCRATIE FRANÇAISE

Les communes de France avaient à prendre leur route entre deux écueils ; ou il fallait que la diversité des ordres mît la puissance législative dans la représentation de ces ordres ; si les deux premiers avaient dominé, le gouver­nement eût été despotique ; si le dernier eut pris le des­sus, le gouvernement aurait été populaire ; ou il fallait que tous les ordres confondus n’en formassent qu’un seul, ou plutôt n’en fissent point du tout, que le peuple fût son propre intermédiaire, alors il était libre et souverain.

Les ordres étaient plus propres à la tyrannie qu’une représentation nationale ; dans l’une le maître est le principe de l’honneur politique, dans l’autre le peuple est le principe de la vertu ; mais alors le législateur a besoin de tout son génie pour organiser la représentation de sorte qu’elle dérive, non point de la constitution, mais de son principe, sans quoi l’on ferait une aristocratie de tyrans.

Le principe était la liberté, la souveraineté ; c’est pour­quoi on n’a point mis de degré immédiat entre les assemblées primaires et la législature, et au lieu de régler la représentation par les corps judiciaires ou administratifs, on l’a réglée par l’étendue de l’État, le nombre des sujets, leur richesse, ou par le territoire, la population, les tri­buts.

Qu’on fasse réflexion sur le principe des anciennes assemblées de bailliage. Quelle peine il faut pour imaginer que l’honneur politique pût produire la vertu ! Les états devaient être la cour du Mogol et la vertu aussi froide que son principe. Aussi lorsqu’on vit les représentants fouler aux pieds l’honneur politique, et les premières séances des états se montrer si orageuses, la vertu était bien près de devenir populaire, et secouait déjà la tyrannie sur ses fondements, jusqu’au moment où, frappée de ses propres mains, elle s’est écroulée.