Page:Saint-Just - Œuvres complètes, éd. Vellay, I, 1908.djvu/349

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repoussez avec beaucoup d’égards, et vous êtes des tyrans pleins d’adresse, qui le dépouillez et ne lui laissez plus que son ombre.

Je ne veux point que vous m’ôtiez mes armes pour me défendre, je ne veux point ressembler à ces princes faibles, devant lesquels marchait l’aigle romaine, et qui portaient un fuseau.

Une dernière réflexion me fait dire que beaucoup d’erreurs sont venues de ce que les officiers publics se croyaient mandataires du peuple et dépositaires de son pouvoir ; non, ils ne le sont point.

Comme les droits des peuples sont incommunicables, les fonctions du ministère public ne sont point des mandats du souverain, mais des actes de sa convention.

Comme la délégation que ferait le peuple de ses droits n’agirait que contre lui-même, et qu’il n’est point de cas où le peuple doive agir contre lui-même, il faut donc appeler le ministère des lois publiques un mandat du pouvoir exécutif, qui lui-même est un mandat du pacte social.

Une administration se disait mandataire de chaque individu de son dépar­tement. Elle oubliait ou méconnaissait ses principes : avec cela la constitution fut bientôt dégénérée en pure aristocratie.

Non, le peuple français n’est point représenté par ses officiers seulement, sa volonté réside dans le corps législatif.

CHAPITRE VII.

DU MINISTÈRE PUBLIC

Dans les contrées où les mortels règnent à la place des lois, le ministère public accuse les hommes ; là où les lois règnent seules, le ministère public accuse seu­lement les crimes.

La France a institué une censure protectrice des lois et du peuple contre les magistrats, et des magistrats contre eux-mêmes. Elle ne peut accuser mais elle épure les accusations, elle ne peut point juger mais elle vérifie les jugements, et protège